La République Démocratique du Congo a lancé officiellement, le 15 janvier 2025, le projet dit Grand Corridor Vert. Cet axe s’étend sur 2 500 km et couvre une aire protégée de 540 000 km², soit une superficie plus vaste que la France. L’initiative repose sur une approche inédite : associer conservation environnementale et développement économique, avec l’appui annoncé de l’Union européenne qui promet 1 milliard d’euros, dont 42 millions déjà mobilisés.
Entre conservation et valorisation des ressources stratégiques
Le corridor intègre plus de 100 000 km² de forêts primaires et 60 000 km² de tourbières, représentant près des deux tiers des tourbières de la RDC. Ces écosystèmes constituent des puits de carbone majeurs, essentiels pour l’équilibre climatique mondial. L’enjeu est double : protéger des espèces comme le bonobo, l’okapi ou le gorille de montagne, tout en transformant cette réserve écologique en levier économique.
L’architecture du projet repose sur trois piliers.
- Environnement : sanctuariser une partie du bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète.
- Économie : générer près de 500 000 emplois dans l’agroécologie, l’écotourisme et la foresterie durable.
- Énergie : exploiter le potentiel hydroélectrique du fleuve Congo, estimé à 100 GW (13 % du potentiel mondial), pour alimenter des zones économiques spéciales et transformer localement les minerais stratégiques avant exportation.
Le modèle financier combine financements publics et capitaux privés, avec une cible de 1 milliard USD d’investissements privés grâce aux marchés du carbone, aux crédits forestiers et aux prêts verts. Mais la faisabilité reste suspendue à deux conditions : une gouvernance solide et la sécurisation des territoires. L’expérience congolaise montre que de grands projets, tel le complexe Inga-Kolwezi, ont été ralentis par la faiblesse institutionnelle et l’instabilité.
Le défi social est tout aussi crucial : entre 31,5 et 60 millions de personnes vivent dans la zone du corridor. Les droits fonciers, le consentement libre et éclairé des communautés et le partage équitable des retombées conditionneront l’adhésion locale. Sans ces garanties, le risque est de reproduire un schéma où les bénéfices reviennent surtout aux investisseurs et à l’État central, laissant les populations marginalisées.
Si Kinshasa parvient à démontrer transparence et crédibilité, le Grand Corridor Vert pourrait repositionner la RDC comme acteur central de la transition énergétique et du financement climatique mondial. Dans le cas contraire, cette ambition risque de rejoindre la longue liste de projets inachevés du pays.
— Peter MOYI
