Cinq filières agricoles identifiées comme vecteurs de croissance dans les provinces du Kongo Central et du Kasaï Oriental vont bénéficier d’un mécanisme structurant dans le cadre du projet TRANSFORME, soutenu par la Banque mondiale. À Matadi, Boma, Moanda, Kasangulu, Kimpese et Mbuji-Mayi, les chaînes de valeur du manioc, riz, fruits, huile de palme et maïs sont désormais considérées comme prioritaires pour enclencher un processus d’industrialisation rurale fondé sur la transformation locale.
Une étude lancée en 2024 a révélé une série de goulets d’étranglement techniques et logistiques freinant le développement de ces productions agricoles, notamment l’absence d’équipements adaptés à la transformation, des contraintes d’accès aux financements et la défaillance des infrastructures de transport. Résultat : les produits locaux peinent à répondre aux standards de compétitivité face aux importations. Ces constats ont été formellement validés lors d’un atelier de clôture organisé à Kinshasa les 19 et 20 juin 2025.
Le projet TRANSFORME, doté d’un financement global par la Banque mondiale, s’inscrit dans une logique de réponse structurée en misant sur des “centres de PME” répartis selon les besoins locaux. Ces hubs seront conçus comme des plateformes de services mutualisés : accès à des unités de transformation partagées, circuits de distribution intégrés, appui-conseil et accompagnement entrepreneurial. Leur déploiement vise à corriger les asymétries de marché et à rétablir des chaînes de valeur locales plus efficientes, notamment en réduisant le coût unitaire de production et en améliorant la marge bénéficiaire pour les producteurs.
Selon les premières modélisations, une mutualisation des équipements pourrait réduire de près de 30 % les charges fixes liées à la transformation artisanale du manioc ou du maïs. En parallèle, les centres serviront de relais pour structurer l’offre de crédit rural, souvent déconnectée des besoins réels de production. Le maïs, par exemple, dont la consommation annuelle dépasse les 1,2 million de tonnes en RDC selon les chiffres de la FAO, pourrait voir sa production augmenter de 20 à 25 % dans les deux prochaines années si les contraintes d’accès aux engrais et au séchage mécanique sont levées.
Du côté de la coordination du projet, on souligne l’importance d’une approche territorialisée adaptée aux spécificités de chaque zone. Le Kongo Central présente un potentiel logistique important avec ses corridors portuaires, tandis que le Kasaï Oriental est caractérisé par une forte demande intérieure en produits de base, sans solution industrielle locale adaptée.
L’enjeu immédiat pour les porteurs du programme est d’assurer la mise en œuvre technique rapide de ces centres, en collaboration avec les autorités locales, les universités et les coopératives existantes. Les premiers résultats de l’étude montrent que près de 65 % des acteurs interrogés dans les zones ciblées affirment ne disposer d’aucune infrastructure de transformation. Ce déficit, associé à un accès restreint aux marchés urbains, représente un coût d’opportunité élevé pour les économies locales.
Les concepteurs de l’étude – menée notamment par le département d’Économie agricole de l’Université de Kinshasa – insistent sur le fait que les filières retenues ont un potentiel de génération d’emplois élevé, en particulier pour les jeunes et les femmes, à condition que des services d’appui efficaces soient mis en place. Le projet prévoit également une phase pilote de 18 mois pour tester les premières unités de mutualisation dans deux zones, avec une extension progressive en fonction des indicateurs de performance.
TRANSFORME est intégré dans le portefeuille du gouvernement congolais dédié à la relance économique locale. Il se distingue par sa troisième composante, focalisée sur l’amélioration de l’écosystème entrepreneurial rural. Si le pilotage opérationnel parvient à s’adapter aux réalités territoriales et aux exigences de viabilité économique, cette approche pourrait redéfinir les bases d’une politique agricole productive et industrialisante en RDC.
— M. MASAMUNA.
