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RDC : les dépôts bancaires grimpent à 16 241,1 milliards USD fin décembre 2025, en hausse de 3,4 % sur un mois

Banque Centrale du Congo

Les dépôts bancaires en République démocratique du Congo ont augmenté de 3,4 % sur un mois pour atteindre 16 241,1 milliards USD à fin décembre 2025, selon les dernières données de la Banque centrale du Congo (BCC). Sur un an, l’encours progresse de 10,2 %, dans un contexte pourtant marqué par une dégradation de la sécurité dans plusieurs provinces.

Cette progression intervient alors que des banques commerciales ont fermé certaines représentations, notamment à Goma et Bukavu, des villes passées sous occupation de l’AFC-M23. Le signal est double : l’activité bancaire reste alimentée par l’épargne et la trésorerie privées, mais elle se replie localement là où la continuité des services n’est plus garantie.

La BCC attribue l’essentiel de la hausse à l’augmentation des dépôts en dollars détenus par les ménages et les entreprises privées. Dans un pays où le dollar joue souvent le rôle de valeur refuge, cette dynamique traduit une préférence persistante pour les placements en devises quand l’environnement économique ou sécuritaire se tend.

Dans le détail, les dépôts en devises ont crû de 2,9 % sur le mois, tandis que ceux en monnaie nationale ont progressé plus vite, de 6,6 %. Mais l’accélération en francs congolais ne modifie qu’à la marge la structure de l’épargne : les devises étrangères représentent toujours 87,2 % de l’ensemble des dépôts, signe d’une dollarisation très élevée du système bancaire.

La part des dépôts en monnaie nationale remonte toutefois légèrement : 12,82 % à fin décembre, contre 12,43 % un mois plus tôt, soit +0,4 point de pourcentage. Un mouvement modeste, qui peut refléter davantage de transactions domestiques en CDF ou un redéploiement temporaire de liquidités, sans remettre en cause la domination du dollar dans la constitution de l’épargne.

Les données publiées par la BCC confirment aussi le poids des acteurs privés dans le financement du secteur bancaire. Les dépôts sont principalement détenus par les ménages (35,8 %) et les entreprises privées (31,8 %). Autrement dit, ce sont les revenus, l’épargne et la trésorerie du secteur non public qui continuent de porter la masse de ressources collectées par les banques.

Autre marqueur fort : la concentration géographique. Kinshasa regroupe 65,2 % des dépôts bancaires, loin devant le Haut-Katanga (22,9 %), le Lualaba (4,0 %) et le Nord-Kivu (2,7 %). Cette répartition souligne l’écart entre les pôles de décision et de services — la capitale — et les zones de production, notamment minières, dans le sud du pays, tandis que l’Est, touché par l’insécurité, pèse faiblement dans l’encours.

Sur le plan sectoriel, les dépôts proviennent surtout des autres secteurs hors administration publique (39,2 %), du commerce (21,7 %) et de l’industrie extractive (14,5 %). Un profil cohérent avec l’économie congolaise : une base privée dominée par les échanges commerciaux et une contribution importante, mais minoritaire en dépôts, du secteur minier, pourtant moteur des exportations.

Derrière ces chiffres, un enjeu se détache : la capacité du système bancaire à maintenir la collecte d’épargne et la distribution des services en période de tension. La hausse de l’encours à l’échelle nationale contraste avec les fermetures d’agences à l’Est, rappelant que, dans un pays vaste et inégalement couvert, la solidité des indicateurs agrégés peut coexister avec des ruptures locales de l’accès bancaire.

Peter MOYI

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