La Banque mondiale met en cause la gouvernance des entreprises publiques congolaises dans leur faible performance financière. Dans son rapport économique de mars 2026, l’institution relève une dette combinée passée de 5,7 % du PIB en 2019 à 7,3 % du PIB en 2023, avec des risques concentrés dans des sociétés comme la SNEL et la Gécamines.
Le diagnostic est sévère, car il touche des entreprises censées porter des services de base et des secteurs stratégiques. Électricité, eau, transport, chemins de fer, aéroports, mines. La Banque mondiale a examiné six sociétés non financières jugées systémiques : SNEL, REGIDESO, ONATRA, SNCC, RVA et Gécamines. Ensemble, elles représentent plus de 90 % des actifs des entreprises publiques, selon les données reprises dans le rapport.
Ce portefeuille pèse donc lourd dans l’économie nationale. Mais son rendement reste faible. La Banque mondiale décrit une tension financière généralisée dans les six entreprises étudiées, avec un endettement élevé, une faible génération de trésorerie et des contraintes de liquidité. Autrement dit, plusieurs sociétés publiques n’arrivent pas à produire assez de cash pour financer correctement leurs activités, assurer le service de leur dette et investir dans la modernisation de leurs équipements.
Le risque n’est plus seulement comptable
À fin 2022, la dette combinée des six entreprises évaluées représentait environ 4,2 % du PIB. Le rapport signale aussi une faible capacité de remboursement, des créances qui s’accumulent, des retards de paiement et des entreprises souvent contraintes de recourir à l’emprunt pour combler leurs besoins de trésorerie. Pour les sociétés les plus fragiles, ces difficultés peuvent finir par produire des arriérés, des demandes d’aide publique ou des besoins de recapitalisation.
Le problème devient alors budgétaire. Même lorsque l’État ne garantit pas formellement certaines dettes, il reste exposé, car ces entreprises assurent des missions sensibles. La Banque mondiale estime qu’un défaut total des 11 principales entreprises publiques pourrait obliger le Gouvernement à mobiliser environ 179 millions USD en une seule année pour couvrir les obligations de service de la dette. En cas de défaut, la SNEL et la Gécamines entraîneraient les coûts les plus élevés, en raison du poids de leurs engagements.
La gouvernance apparaît comme l’un des nœuds du problème. Le rapport pointe une fonction d’actionnariat de l’État fragmentée entre plusieurs institutions, un contrôle insuffisant, un suivi inégal des performances et des nominations politisées. La Banque mondiale écrit que ces nominations continuent de nuire à la performance de sociétés comme la SNEL, la REGIDESO, la SNCC et la Gécamines.
Cette situation affecte directement les usagers. Quand la SNEL manque d’investissements, la desserte électrique se détériore. Quand la REGIDESO peine à couvrir ses coûts, l’accès à l’eau reste irrégulier. Quand la SNCC, l’ONATRA ou la RVA s’affaiblissent, les transports et la logistique deviennent plus coûteux pour les entreprises et les ménages. Le déficit de gouvernance finit donc par se traduire en coupures, retards, infrastructures dégradées et pertes économiques.
La Banque mondiale propose plusieurs pistes : clarifier la stratégie de l’État actionnaire, consolider la surveillance, professionnaliser les conseils d’administration, fixer des critères de compétence pour les nominations et publier régulièrement les états financiers audités. L’enjeu est de sortir ces entreprises d’une logique de gestion politique pour les replacer dans une discipline de performance, de transparence et de service public.
Pour la RDC, la réforme des entreprises publiques ne concerne pas seulement les bilans comptables. Elle touche la croissance, le coût des services essentiels et la stabilité des finances publiques. Tant que les sociétés stratégiques resteront sous-capitalisées, mal surveillées et exposées aux nominations de convenance, elles risquent de continuer à peser sur le Trésor au lieu de soutenir l’économie.
— M. KOSI
