RDC : l’ODEP alerte sur une exécution des investissements publics inférieure à 5 % depuis plus de dix ans

L’Observatoire de la dépense publique (ODEP) met le Parlement devant ses responsabilités : tant que l’État consacre l’essentiel de ses moyens au simple fonctionnement des institutions, la République démocratique du Congo ne bâtira pas une économie solide. Depuis plus de dix ans, les crédits d’investissement réellement exécutés restent inférieurs à 5 %. Ce chiffre résume, à lui seul, le retard du pays en matière d’infrastructures, d’emplois et de services publics.

Dans une note d’analyse portant sur le Conseil des ministres du 15 août 2025, le président du Conseil d’administration de l’ODEP, le professeur Florimond Muteba Tshitenge, démonte la mécanique budgétaire actuelle et appelle à un réarmement de la politique d’investissement public.

Quand moins de 5 % du budget préparent l’avenir

L’ODEP part d’un constat simple : le budget de l’État existe, le Parlement vote des crédits, mais l’argent destiné aux investissements n’arrive presque jamais sur le terrain. Une exécution « inférieure à 5 % » des crédits d’investissement sur plus d’une décennie signifie que, pour 100 francs prévus pour construire des routes, des hôpitaux ou des écoles, à peine 5 sont effectivement dépensés. Le reste se perd dans les lenteurs administratives, les arbitrages politiques ou la réaffectation vers des dépenses de fonctionnement.

Sur le plan économique, cette situation a des effets directs. Une économie qui n’investit pas ne renouvelle pas ses infrastructures, ne soutient pas la productivité des entreprises et ne crée pas assez d’emplois formels. L’ODEP fait le lien entre cette sous-exécution chronique et la pauvreté multidimensionnelle : accès limité à l’eau, à l’électricité, à la santé, à l’éducation. La dépense publique maintient l’appareil d’État en vie, mais n’organise pas le rattrapage économique du pays.

L’analyse revient aussi sur un outil institutionnel abandonné : le sous-compte investissement logé à la Banque centrale. Historiquement, ce mécanisme faisait du ministère du Plan la plaque tournante des projets publics. Les fonds destinés aux investissements transitaient par ce sous-compte, ce qui imposait une discipline : identification des projets, hiérarchisation des priorités, suivi des décaissements. En termes de politique budgétaire, ce type de dispositif permettait de relier le vote des crédits, leur exécution et l’évaluation des résultats.

Aujourd’hui, l’architecture a changé avec la création d’un Fonds d’investissement stratégique. Sur le papier, cet instrument vise à soutenir les grands projets. L’ODEP pointe pourtant sa fragilité : gouvernance encore incertaine, risque de chevauchement avec d’autres structures, manque de garde-fous clairs pour éviter les dérives. Derrière cette critique, une question de fond : qui pilote réellement la politique d’investissement de l’État, et avec quels outils de contrôle ?

Pour l’Observatoire, le nœud du problème est autant politique que technique. La dépense publique sert d’abord à payer salaires, fonctionnement des institutions et coûts de la machine étatique. Le budget d’investissement devient une variable d’ajustement. Lorsque les recettes sont insuffisantes ou mal mobilisées, ce sont les projets structurants qui sont sacrifiés. La note parle d’une orientation où l’État assure sa propre survie avant de financer la transformation économique.

Face à ce tableau, l’ODEP ne se contente pas de dresser un diagnostic. L’organisation avance une ligne de conduite claire :

  • Réhabiliter le sous-compte investissement à la Banque centrale, afin de sécuriser les ressources destinées aux projets et de renforcer la traçabilité des flux.
  • Redonner au ministère du Plan son rôle central dans la chaîne Planification – Programmation – Budgétisation – Suivi-évaluation (PPBS). L’idée est de replacer ce ministère au cœur de l’arbitrage des projets, loin des logiques de dispersion sectorielle.
  • Cibler les investissements de base : routes, énergie, santé, éducation. Ces secteurs forment le socle de toute croissance durable et améliorent directement le quotidien des ménages.
  • Traiter la prédation financière comme une faute grave, avec des sanctions à la hauteur, pour restaurer la confiance des citoyens et des partenaires envers la gestion budgétaire.

L’ODEP va plus loin dans sa conclusion : sans ce « sursaut », la RDC restera enfermée dans un modèle de survie institutionnelle et de « prédation budgétaire », incapable de produire une croissance large, génératrice de paix sociale et de réponses aux attentes de la population.

L’organisation rappelle enfin la nature même de l’investissement public. Quand il est bien planifié et exécuté, il ne s’agit pas seulement de chiffres dans un budget. C’est un outil de politique économique qui stimule l’activité, mais aussi un acte de justice sociale – en corrigeant les inégalités d’accès aux services – et un choix de souveraineté nationale, en affirmant la capacité du pays à orienter lui-même son développement.

M. KOSI

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