Le négociant Mercuria a annoncé, le 9 février 2026, avoir réalisé sa première transaction de cuivre et de cobalt avec l’Entreprise générale du cobalt (EGC), bras opérationnel de la Gécamines sur le cobalt artisanal. L’entreprise évoque une « première exportation » sans donner les volumes ni préciser la nature du contrat (achat direct, enlèvement ou mandat de commercialisation).
Selon le communiqué, des cathodes de cuivre doivent être expédiées vers les États-Unis, les Émirats arabes unis ou l’Arabie saoudite. L’annonce s’inscrit dans le prolongement de la joint-venture dévoilée fin 2025 entre Mercuria et la Gécamines actionnaire unique de l’EGC autour du négoce des minerais dits critiques, au moment où Kinshasa cherche à mieux encadrer les flux et à sécuriser ses débouchés.
Créée pour structurer la filière du cobalt artisanal, l’EGC a reçu, en novembre 2019, la mission d’organiser et d’encadrer l’exploitation minière artisanale et à petite échelle. Dans ce cadre, l’entreprise détient le monopole de l’achat, du traitement, de la transformation, de la vente et de l’exportation du cobalt extrait par les mineurs artisanaux et les opérateurs artisanaux en RDC.
Sur le plan industriel, l’EGC met en avant une montée en puissance progressive. Le 13 novembre dernier, à Kolwezi, elle a présenté une première production de 1 000 tonnes de cobalt artisanal qu’elle décrit comme « structurée, éthique et traçable ». Les cathodes de cuivre mentionnées dans l’opération annoncée par Mercuria auraient été produites à partir de résidus de cuivre récupérés après le traitement du cobalt artisanal, signe d’une logique de valorisation des sous-produits.
Quotas, logistique du Lobito et priorité américaine : l’équation économique
L’annonce intervient alors que la RDC a mis en place, depuis le 16 octobre, un système de quotas à l’exportation du cobalt. Pour les autorités, l’enjeu est de mieux contrôler les volumes sortant du pays et, à terme, de favoriser la transformation locale. Dans ce dispositif, l’EGC dispose du cinquième volume le plus élevé : 1 775 tonnes pour 2025, et 5 640 tonnes pour 2026 et 2027, avec la possibilité d’ajustements selon l’évolution du marché mondial d’ici fin 2026 ou selon les perspectives de transformation locale de l’hydroxyde de cobalt en produits à plus forte valeur ajoutée. Les difficultés de mise en œuvre du nouveau système en 2025 ont conduit au report sur 2026 des quotas de cette année-là. Au total, l’EGC pourrait ainsi exporter jusqu’à 7 415 tonnes de cobalt en 2026.
Autre signal, le 9 février 2026, l’EGC et Trafigura ont annoncé s’être entendus sur une « première livraison » de cuivre et de cobalt vers les marchés mondiaux via le Lobito Atlantic Railway (LAR), sans communiquer ni quantités ni calendrier. Trafigura dit vouloir faciliter l’acheminement de métaux « issus de sources responsables » depuis la Copperbelt vers l’export, en misant sur un corridor présenté comme plus direct depuis Kolwezi.
Trafigura fait partie, avec Vecturis et Mota-Engil, du consortium LAR, qui détient depuis juillet 2022 une concession de 30 ans pour l’exploitation et la modernisation de la section angolaise du corridor de Lobito : environ 1 300 kilomètres entre le port en eau profonde de Lobito et la frontière de la RDC à Luau. Mais la chaîne logistique reste incomplète côté congolais : la ligne Kolwezi–Luau, longue d’environ 450 kilomètres, n’est pas en bon état, ce qui pèse sur la régularité et le coût du transport.
En toile de fond, la dimension géopolitique se traduit aussi en objectifs commerciaux. Selon le directeur général de l’EGC, Eric Kalala, la première cargaison de cuivre serait destinée à des clients basés aux États-Unis, présentée comme une étape dans la mise en œuvre du partenariat stratégique signé le 4 décembre entre Washington et Kinshasa dans les minerais critiques. Selon cet accord, les entreprises publiques congolaises doivent prioriser le marché américain et, sur les cinq prochaines années, 50 % du cuivre, 30 % du cobalt et 90 % du zinc commercialisés par ces entreprises devraient transiter par le corridor de Lobito.
Enfin, l’EGC travaille déjà avec Trafigura depuis 2020, dans le cadre d’un accord prévoyant des financements en échange d’une partie de la production d’hydroxyde de cobalt. Les détails n’ont pas été rendus publics. En juin 2022, un groupe d’organisations de la société civile a évoqué, dans une lettre ouverte au Premier ministre, un financement d’environ 80 millions de dollars portant sur 50 % de la production, sans davantage de précisions.
— M. KOSI
