Le gouvernement dit vouloir étendre des brigades routières sur 2 000 km de routes nationales en 2026, avec l’objectif d’améliorer la circulation des personnes et des marchandises. Dans le même programme, l’exécutif met en avant la construction de plus de 1 000 écoles et la création de 500 000 emplois pour réduire le chômage structurel.
La RDC dispose, sur le papier, d’un réseau routier de 158 000 km. Selon les chiffres avancés, 58 509 km de routes d’intérêt général relèvent de l’Office des routes, 7 400 km de routes urbaines de l’Office des voiries et drainage, et 87 300 km de routes de desserte agricole de l’Office des voies de desserte agricole. Le constat dressé est sévère, moins de 20 % des routes seraient praticables.
Le réseau comprend aussi des ouvrages de franchissement, 3 500 ponts de 4 à 750 m pour une longueur totale de 68 km, ainsi que 175 bacs, qu’ils soient à moteur, à traille ou à pirogues. Pour l’exécutif, l’état actuel des routes ne permet pas de soutenir une circulation régulière, ni d’accompagner le développement économique, car les axes seraient fragmentés et souvent remplacés, faute de routes, par des liaisons ferroviaires, maritimes, lacustres ou aériennes.
Des routes praticables, le point de départ pour relier les marchés
Dans ce cadre, le gouvernement annonce la poursuite de plusieurs chantiers sur des axes structurants. La Nationale 1 est présentée comme une colonne vertébrale, de Banana (Kongo Central) à Sakania (Haut-Katanga). La Nationale 2 est citée sur le tronçon allant de Mbuji-Mayi (Kasaï-Oriental) à Mbanga (Maniema).
L’année 2026 doit aussi intégrer, selon le programme, le parachèvement des travaux sur la RN3, décrite comme reliant Kisangani à Walikale puis Bukavu (Sud-Kivu), en passant par Goma (Nord-Kivu), jusqu’à la RN41, axe reliant les provinces du Kasaï et du Kasaï-Central au centre du pays.
Derrière ces annonces, l’enjeu est concret pour les ménages et les entreprises. Une route praticable réduit le temps de transport, limite les pannes et les pertes, et peut faire baisser le coût final des produits. À l’inverse, quand un axe est coupé ou très dégradé, le prix du carburant, du transport, des pièces de rechange et de la logistique se répercute sur le panier de la ménagère, surtout pour l’alimentation.
Le programme gouvernemental ne se limite pas aux routes. Pour 2026, l’exécutif prévoit aussi la construction de douze bases opérationnelles avancées de protection civile dans des zones sous contrôle de ADF/NALU. L’objectif affiché est de renforcer la capacité d’intervention et de protection, dans un contexte où l’insécurité empêche souvent les services publics et l’économie locale de fonctionner normalement.
Le texte mentionne aussi des centres de formation professionnelle, une microfinance dédiée à l’entrepreneuriat agro-alimentaire, et la mise en service de pistes et d’appareils légers pour desservir une vingtaine de villes considérées aujourd’hui comme enclavées. Là encore, la logique est économique. Une ville enclavée a plus de difficultés à acheminer ses produits, à recevoir des intrants, à attirer des investisseurs ou même à stabiliser les prix.
Sur le volet bâtiments, le gouvernement inscrit dans son programme de développement local de 145 territoires la construction de plus de 1 000 écoles supplémentaires en 2026 sur l’ensemble du pays. Le besoin est double. Il s’agit d’abord d’augmenter l’offre scolaire, là où les classes sont surchargées ou trop éloignées. Il s’agit aussi de réduire les inégalités d’accès, surtout dans les zones rurales ou éloignées des grands centres.
Dans l’enseignement supérieur et universitaire, le programme évoque une modernisation des infrastructures, une réforme académique et la digitalisation de la gouvernance. En clair, l’État dit vouloir renforcer l’organisation et le pilotage des universités, en s’appuyant davantage sur le numérique pour la gestion, la transparence et la traçabilité. Le texte cite des établissements à Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, Goma, Bukavu, Kikwit, Mbuji-Mayi, ainsi que dans d’autres villes, qui pourraient bénéficier de travaux de construction et de réhabilitation.
Les infrastructures concernées sont détaillées, laboratoires, bibliothèques, homes d’étudiants, complexes sportifs. Ce volet compte, car des laboratoires fonctionnels et des bibliothèques à jour jouent sur la qualité des formations, donc sur la capacité du pays à produire des profils utiles à l’économie, ingénieurs, techniciens, chercheurs, gestionnaires.
Le gouvernement relie enfin ces investissements à un objectif d’emploi. 500 000 emplois sont annoncés pour 2026, pour lutter contre le chômage structurel, c’est-à-dire un chômage qui ne vient pas seulement d’un ralentissement passager, mais d’un décalage durable entre les compétences disponibles et les besoins du marché, ou d’un manque de secteurs capables d’embaucher massivement.
« Alors que la voix de la République Démocratique du Congo s’affirme comme celle d’un partenaire crédible, un défi demeure central : développer le capital humain et combattre le chômage structurel par la création de 500 000 emplois en 2026 », a déclaré Félix Tshisekedi, dans son message sur l’état de la Nation.
Le texte cite aussi des objectifs complémentaires, le transfert annuel d’un million de tonnes de denrées de l’Est vers l’Ouest, et la montée en puissance d’infrastructures dites sobres comme les brigades routières, des solutions d’énergies propres, dont 14 MW hydro supplémentaires et du solaire urbain. Il est aussi question de la conversion de 12 000 foyers à la cuisson électrique, ainsi que d’un volet biodiesel, avec une capacité annoncée de 1,4 million de litres par an.
Un projet de transport intégré est avancé, incluant une compagnie aérienne dédiée, Fly Congo River, annoncée opérationnelle dès le premier trimestre 2026 pour la logistique et le tourisme « dans le couloir », selon les termes du texte. Sur le plan économique, une compagnie dédiée peut faciliter l’acheminement de produits à forte valeur ou à forte contrainte de temps, mais cela suppose des appareils disponibles, des coûts maîtrisés, des règles de sécurité appliquées et une demande solvable.
Le document revient aussi sur la formation professionnelle. Il indique qu’en 2025, le secteur s’est mobilisé en posant des bases juridiques, réglementaires et opérationnelles orientées vers l’employabilité, la certification et les besoins prioritaires du pays, avec notamment la ratification de la Convention de l’UNESCO sur l’enseignement et la formation technique et professionnels. L’idée est de rapprocher les parcours de formation des standards reconnus et d’élargir la coopération.
Au final, l’année 2026 est présentée comme un ensemble de chantiers, routes, ouvrages, sécurité civile, écoles, universités, énergie, transport et emploi. Le test se jouera sur la réalisation concrète, car c’est elle qui transforme des chiffres annoncés en circulation plus fluide, en services publics accessibles et en activités économiques capables de créer des revenus.
— M. MASAMUNA
