Une importante somme en devises américaines, estimée officiellement à 1,9 million USD mais pouvant atteindre jusqu’à 3,5 millions USD selon des sources non confirmées, a été interceptée à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa.
L’affaire, révélée par un message du ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, suscite déjà de nombreuses interrogations sur la circulation de liquidités en République démocratique du Congo (RDC).
Dans son intervention publique, le ministre affirme avoir instruit le Procureur général près la Cour de cassation de veiller à la régularité de la saisie, à la mise sous scellés des fonds et à l’établissement d’un procès-verbal détaillé. Il exige également l’ouverture d’une enquête judiciaire afin de déterminer l’origine des fonds et d’identifier les éventuelles responsabilités pénales.
“À la suite de la saisie, à l’aéroport international de N’djili, d’une somme importante – annoncée à 1.900.000 USD, mais pouvant atteindre 3.534.000 USD selon une source non encore confirmée – j’ai donné injonction au Procureur général près la Cour de cassation de s’assurer de la saisie régulière et intégrale des fonds, de les placer sous scellés en présence des officiers de police judiciaire compétents et d’établir, sans délai, un procès-verbal détaillé et contradictoire retraçant l’ensemble des circonstances de l’interception, ainsi que l’identification complète de la personne concernée et de tous les agents intervenants”, a écrit le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa.
Si la réaction des autorités judiciaires se veut rapide et ferme, plusieurs zones d’ombre demeurent. D’abord, l’écart significatif entre les montants évoqués de 1,9 à 3,5 millions USD interroge sur la fiabilité des premières informations et la transparence autour de cette opération.
Ensuite, aucune précision n’a été apportée, à ce stade, sur l’identité de la personne interpellée ni sur les circonstances exactes de la détention de ces fonds. S’agit-il d’un cas isolé ou de l’indice d’un circuit plus large de transferts illicites de capitaux ? La question reste entière.
Dans son message, le ministre s’appuie sur les dispositions légales en vigueur, notamment l’obligation de consigner les fonds saisis à la Banque centrale du Congo et de transmettre les procès-verbaux à la Cellule nationale des renseignements financiers (CENAREF).
Cette référence explicite à la législation sur la lutte contre le blanchiment de capitaux traduit une volonté d’inscrire cette affaire dans un cadre formel et rigoureux.
Toutefois, des observateurs notent que ce type de procédure, bien que prévu par la loi, reste inégalement appliqué dans la pratique, notamment en raison de faiblesses structurelles dans les mécanismes de contrôle et de traçabilité des flux financiers.
Cette affaire remet en lumière une problématique récurrente en RDC : la circulation importante de liquidités en dehors des circuits bancaires. À Kinshasa, capitale économique et administrative, l’usage du cash en dollars américains reste largement répandu, facilitant à la fois les transactions commerciales… et les opérations moins transparentes.
La saisie de plusieurs millions de dollars à un point d’entrée stratégique comme l’aéroport de N’djili pourrait ainsi illustrer l’ampleur des flux financiers non déclarés, voire des pratiques de blanchiment ou de transfert illicite de capitaux.
En adoptant un ton ferme et en donnant des instructions précises, Guillaume Ngefa affiche une volonté politique de lutter contre les infractions financières. Reste à savoir si cette posture se traduira par des résultats concrets : poursuites judiciaires effectives, sanctions exemplaires et, surtout, démantèlement d’éventuels réseaux.
Car au-delà de cette saisie spectaculaire, c’est la crédibilité du dispositif de lutte contre le blanchiment en RDC qui est en jeu. Sans suites judiciaires claires et transparentes, ce type d’affaire risque de s’ajouter à une longue liste d’annonces sans impact durable.
M.M
