La République démocratique du Congo possède l’un des plus grands potentiels agricoles d’Afrique avec près de 80 millions d’hectares de terres arables, dont seulement environ 10 % seraient exploités. Pourtant, le pays reste confronté à l’une des crises alimentaires les plus graves au monde, avec 26,6 millions de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë début 2026, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).
Le contraste résume une contradiction structurelle de l’économie congolaise : un potentiel agricole immense, mais une capacité limitée à transformer cette richesse foncière en production stable, accessible et intégrée aux marchés nationaux.
Selon les données rappelées par la FAO, la RDC dispose d’environ 80 millions d’hectares cultivables ainsi que d’importantes ressources hydriques favorables à l’agriculture. Mais une grande partie de ces terres reste sous-exploitée faute d’infrastructures, de sécurité et d’investissements agricoles structurants.
Conflits, routes dégradées et dépendance alimentaire
Le PAM et la FAO identifient plusieurs facteurs qui aggravent la situation alimentaire : conflits armés, déplacements massifs de population, inondations, accès humanitaire limité, destruction des infrastructures rurales et perturbation des activités agricoles. Les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri et du Tanganyika restent parmi les plus exposées.
Dans ces régions, des millions de personnes ont abandonné leurs terres agricoles à cause de l’insécurité. Les populations déplacées perdent leurs moyens de subsistance, tandis que les chaînes d’approvisionnement deviennent plus coûteuses et plus instables.
Le problème est aussi économique et logistique. La RDC souffre d’un déficit chronique de routes rurales, de mécanisation agricole, de systèmes de stockage et de transformation locale. Cette faiblesse structurelle pousse le pays à dépendre fortement des importations alimentaires.
La Banque africaine de développement indiquait que les importations alimentaires de la RDC avaient atteint environ 3 milliards USD en 2023, soit près de 19 % du budget national. Cette dépendance expose directement le pays aux fluctuations des prix internationaux, aux tensions géopolitiques et aux perturbations climatiques.
La crise touche également la nutrition des enfants. Selon l’IPC, entre juillet 2025 et juin 2026, environ 4,18 millions d’enfants âgés de 6 à 59 mois souffrent ou devraient souffrir de malnutrition aiguë, dont plus de 1,35 million de cas sévères.
Pour plusieurs économistes du développement, le défi agricole congolais dépasse désormais la seule question des terres disponibles. Il concerne surtout la capacité de l’État à sécuriser les zones de production, développer les infrastructures rurales, soutenir les filières agricoles locales et connecter les producteurs aux marchés urbains.
Le potentiel existe. Mais sans routes praticables, sans énergie, sans stockage, sans transformation locale et sans stabilité sécuritaire, les terres arables ne suffisent pas à garantir la sécurité alimentaire.
Dans un pays appelé à dépasser les 120 millions d’habitants dans les prochaines années, la question agricole devient donc autant un enjeu social qu’un sujet stratégique de souveraineté économique.
— M. MASAMUNA
