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RDC : stabilité monétaire fragile, crédits étouffés et inflation persistante à 10,18 %

franc congolais

Le 25 avril 2025, le franc congolais se maintient à 2 855,08 CDF pour un dollar américain, une performance qui traduit la main ferme de la Banque Centrale du Congo (BCC) sur le marché des changes. Mais derrière cette stabilité apparente, l’économie du pays donne des signes clairs d’essoufflement, comprimée par une inflation persistante et une politique monétaire extrêmement rigoureuse.

Tandis que le billet vert reste contenu, la monnaie nationale perd du terrain face à d’autres devises majeures. À la même date :

Cette détérioration vis-à-vis de l’Europe renchérit la facture des importations et grève les coûts de production locaux, déjà soumis à des contraintes logistiques internes lourdes. Selon les données de Trading Economics, la RDC dépend encore à plus de 70 % de ses importations pour ses biens alimentaires et industriels.

Une inflation toujours collante autour des 10 %

Au 19 avril 2025, les données officielles rapportent une inflation cumulée depuis janvier de 2,815 %, et un glissement annuel atteignant 10,18 %. Si l’inflation hebdomadaire (0,127 %) suggère une légère accalmie, le seuil psychologique de 10 % reste franchi, pesant lourdement sur les ménages.

Le secteur alimentaire concentre la plus forte hausse, accentuée par la faiblesse de la production locale et l’augmentation des coûts logistiques. Selon le dernier rapport de l’Observatoire Congolais de la Consommation (OCCO), près de 68 % des ménages kinois réduisent désormais leur panier de consommation.

Les prix des services liés au transport et à l’énergie continuent également leur ascension, dans un contexte où la RDC importe la majorité de ses hydrocarbures, exposant ainsi ses coûts aux tensions internationales, notamment sur le marché du Brent, récemment repassé au-dessus de 86 dollars le baril.

Taux prohibitifs et crédit sous étouffoir

Le resserrement monétaire reste la doctrine de la BCC. Depuis janvier, le taux directeur plafonne à 25 %, décourageant toute velléité d’investissement privé. En parallèle :

Sur le marché des bons du Trésor, la tendance confirme cette rigidité :

Ce niveau de rémunération, parmi les plus élevés de la région selon African Markets, siphonne la liquidité bancaire et coupe l’accès au crédit pour les PME et les particuliers. Les statistiques de l’Association Congolaise des Banques (ACB) révèlent une baisse de 18 % du volume de nouveaux prêts accordés au premier trimestre 2025 par rapport à l’année précédente.

La conséquence est double : un ralentissement marqué des projets d’investissements hors secteur minier, et un appauvrissement de la demande intérieure, pilier essentiel pour diversifier une économie encore trop extractive.

Résilience monétaire, fragilité économique

La BCC a réussi à éviter la dépréciation catastrophique du CDF comme celle observée au Nigeria ou au Ghana ces dernières années. Le renforcement des réserves de change, estimées à 5,2 milliards USD fin mars 2025 selon la BCC, apporte une sécurité de court terme.

Mais cet équilibre cache une fragilité structurelle :

Sans impulsion nouvelle, le risque est de voir l’économie congolaise s’enliser dans une croissance molle, incapable de créer massivement des emplois hors secteur extractif.

Quelles pistes pour relancer l’activité ?

Plusieurs mesures s’imposent pour inverser la tendance :

L’expérience de pays voisins comme le Rwanda montre qu’un pilotage plus fin de la politique monétaire, couplé à un soutien vigoureux aux secteurs productifs locaux, peut enclencher un cercle vertueux.

Vers un nécessaire ajustement stratégique

En cette fin avril 2025, la République Démocratique du Congo se trouve à la croisée des chemins. La stabilité du franc congolais, bien qu’encourageante, ne suffira pas à masquer durablement l’étouffement économique. Pour sortir de cette impasse, un rééquilibrage intelligent entre rigueur monétaire et soutien actif à l’économie réelle devient vital. Sans quoi, la stabilité actuelle risque de n’être qu’une illusion temporaire.

— Peter MOYI

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