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RDC : un accord minier de 9 milliards USD bloqué par le dossier Dan Gertler

Dan Gertler

Un consortium soutenu par les États-Unis veut entrer dans deux grands actifs de cuivre et de cobalt de Glencore en RDC. Mais l’opération, évaluée à 9 milliards USD, reste freinée par les redevances liées à l’homme d’affaires israélien Dan Gertler.

Donald Trump veut renforcer l’accès américain aux minerais congolais. Cette ambition se heurte déjà à un dossier sensible : les droits financiers encore associés à Dan Gertler dans les mines de Mutanda Mining et Kamoto Copper Company, deux opérations importantes de Glencore en RDC.

L’accord concerne l’acquisition de 40 % de ces actifs par l’Orion Critical Minerals Consortium, un véhicule privé dirigé par Orion Resource Partners et soutenu par la DFC, l’institution américaine de financement du développement. L’accord non contraignant avec Glencore a été signé en février. Les vérifications techniques et financières se poursuivent.

Mais le point le plus délicat reste celui des redevances. En 2018, Glencore avait conclu un arrangement avec Dan Gertler pour régler un litige sur ces paiements. Les versements devaient se faire en euros, et non en dollars, afin d’éviter une violation directe des sanctions américaines. Selon des organisations anticorruption, ce mécanisme permettrait à Gertler de percevoir environ 250 000 USD par jour sur les activités de Kamoto et Mutanda.

Un risque juridique et politique pour Washington

Dan Gertler est sous sanctions du Trésor américain depuis 2017. Washington l’accuse d’avoir utilisé sa proximité avec l’ancien président Joseph Kabila pour obtenir des droits miniers et pétroliers dans des conditions jugées opaques. Selon le Trésor américain, des opérations liées à ses sociétés auraient privé la RDC de plus de 1,36 milliard USD de recettes entre 2010 et 2012.

Pour un investisseur soutenu par l’État américain, entrer dans ces actifs reviendrait donc à composer avec une personne sanctionnée par son propre gouvernement. C’est ce qui bloque l’avancement du dossier.

Des organisations comme Congo is Not for Sale et The Sentry s’opposent à tout assouplissement des sanctions. Elles estiment qu’un tel geste exposerait les entreprises américaines à des risques juridiques et d’image. Elles rappellent aussi que Glencore a déjà payé plus de 150 millions USD dans une enquête suisse liée à des faits de corruption concernant des transactions minières impliquant Gertler.

Pour Kinshasa, le règlement de ce dossier est devenu une priorité. Le président Félix Tshisekedi pousse Washington à trouver une issue, car la RDC veut attirer davantage d’investissements occidentaux dans ses minerais stratégiques. L’enjeu dépasse Glencore. La Chine contrôle environ 80 % du raffinage mondial du cobalt et garde une forte présence dans le secteur minier congolais.

Tant que le dossier Gertler reste bloqué, l’entrée américaine dans ces actifs de cuivre et de cobalt reste suspendue à une question sensible : comment sécuriser les minerais congolais sans contourner les règles anticorruption déjà imposées par Washington.

— M. MASAMUNA

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