Pendant six mois, le gouvernement veut remettre d’aplomb une partie du réseau d’eau potable de la RDC, vieux de plus de 50 ans et responsable de la perte d’environ 40 % de l’eau produite. Dans le même temps, il prépare la mise en service définitive de la centrale hydroélectrique de Kakobola, pour alimenter le Kwilu en électricité.
Un réseau d’eau vieillissant qui coûte cher aux ménages et à l’État
Lors de la 69ᵉ réunion du conseil des ministres, à Kinshasa, le ministre des Ressources hydrauliques et électricité a présenté un plan d’urgence pour la Régie de distribution d’eau, pour une durée de six mois. Le constat de départ est simple : une grande partie du réseau a plus de 50 ans. Les canalisations fuient. Près de 40 % du volume d’eau produit se perd avant d’arriver chez l’abonné.
Le ministre de l’Économie numérique, Augustin Kibassa, a résumé ce diagnostic devant le gouvernement. Il a rappelé que ces pertes pèsent sur la capacité de la Régie des eaux à fournir de l’eau en quantité suffisante, mais aussi à équilibrer ses comptes. Quand presque la moitié de l’eau disparaît dans le sol, ce sont les recettes de l’entreprise qui s’évaporent aussi.
Le plan d’urgence repose sur une mobilisation de ressources financières sur six mois. L’objectif est très concret : acheter des équipements et des pièces de rechange, intervenir sur les zones les plus fragiles du réseau et limiter les risques de rupture. Il s’agit, par exemple, de lutter contre les érosions qui menacent d’emporter certaines conduites, de disposer de matériel de dépannage rapide et de lancer des travaux ciblés sur les tronçons les plus abîmés.
Le programme prévoit aussi d’améliorer le rendement du réseau en remplaçant les vannes et les débitmètres sur les réseaux primaires et secondaires. Ces appareils permettent de mesurer et de contrôler les flux d’eau. Quand ils sont défaillants ou absents, il devient difficile de savoir où l’on perd de l’eau et comment mieux gérer la distribution. Dans plusieurs quartiers de Kinshasa, le réseau a aussi été endommagé par des chantiers de construction. Le plan d’urgence inclut donc la réhabilitation de ces conduites cassées.
Sur le plan financier, le rapporteur du gouvernement a souligné plusieurs faiblesses : manque de pièces et d’équipements pour entretenir le réseau, tarif de l’eau trop bas qui ne couvre pas les coûts, pertes moyennes de 0,37 USD/km² et arriérés importants de factures de consommation de l’État. La Régie des eaux vend donc un service qui lui rapporte peu, tout en supportant un réseau coûteux à entretenir et des impayés publics élevés.
Le gouvernement a signé avec la Régie des eaux un contrat de performance. La mise en œuvre réelle de ce contrat est présentée comme un « déclencheur » essentiel. Concrètement, cela signifie deux choses : le paiement par l’État de ses propres factures de consommation et l’application d’une nouvelle tarification, ajustée mais adaptée aux différentes catégories sociales. L’enjeu est d’éviter de pénaliser les ménages les plus pauvres, tout en permettant à l’entreprise de financer ses investissements et son entretien courant.
Derrière ces termes techniques, la question reste très concrète pour les habitants : auront-ils de l’eau plus souvent au robinet, avec une pression correcte, et à un prix supportable ? Le plan d’urgence ne réglera pas tout en six mois, mais il vise à réduire les fuites les plus graves et à remettre de l’ordre dans la gestion du réseau.
Kakobola : une centrale prête, mais en attente d’un gestionnaire
Le deuxième volet présenté au conseil des ministres concerne la centrale hydroélectrique de Kakobola, dans la province du Kwilu. Cette infrastructure doit alimenter une zone où les réseaux électriques sont presque inexistants. Pour beaucoup de familles, l’électricité se limite encore à quelques groupes électrogènes ou à des solutions individuelles précaires.
Le ministre des Ressources hydrauliques et électricité a demandé au gouvernement de l’autoriser à conclure un contrat d’exploitation et de gestion de la centrale avec un consortium. Il a indiqué que les prérequis techniques et financiers sont désormais levés. Autrement dit, la centrale est prête, ou presque, sur le plan technique. Ce qui manque, c’est un exploitant capable d’assurer une gestion durable de l’ouvrage.
Le temps presse. Le ministre insiste sur la nécessité de recruter cet opérateur dans les délais les plus courts, en raison du caractère stratégique de la centrale pour le Kwilu. Pour aller plus vite, il propose un recours à une entente directe, c’est-à-dire un accord négocié sans appel d’offres classique. L’argument avancé est le gain de temps : cette procédure éviterait les délais souvent longs des appels d’offres, et permettrait de sécuriser rapidement la mise en service, tout en protégeant les intérêts de l’État et la qualité du service public.
Là encore, l’enjeu se mesure à l’échelle du quotidien. Une centrale qui fonctionne, c’est une possibilité de brancher des écoles, des centres de santé, des petites entreprises. C’est aussi une chance de développer des activités économiques locales qui dépendent de l’électricité. Mais sans un gestionnaire solide et un cadre de contrat clair, le risque est de voir l’ouvrage tourner au ralenti, ou de façon irrégulière.
En mettant sur la table à la fois l’urgence du réseau d’eau et l’entrée en service de Kakobola, le gouvernement tente de traiter deux faiblesses structurelles : l’accès à l’eau potable et l’accès à l’électricité. Les prochains mois diront si les décisions prises au conseil des ministres se traduiront en améliorations visibles pour les ménages congolais.
— M. KOSI
