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RDC–USA : EGC, Trafigura et EVelution veulent sécuriser une chaîne d’approvisionnement en cobalt couvrant jusqu’à 40 % de la demande américaine

ERG

Entreprise Générale du Cobalt (“EGC”), EVelution Energy LLC (“EVelution Energy”) and Trafigura Pte Ltd. (“Trafigura”)

EGC, Trafigura et EVelution Energy ont signé le 13 mai 2026 à Madrid un mémorandum d’entente destiné à créer une chaîne d’approvisionnement directe en cobalt entre la RDC et les États-Unis. L’accord prévoit, à terme, l’approvisionnement du marché américain en hydroxyde de cobalt congolais, avec un objectif pouvant atteindre jusqu’à 40 % de la demande américaine projetée en cobalt. Cette initiative s’inscrit dans le prolongement du partenariat stratégique conclu entre Washington et Kinshasa sur les minerais critiques, dans un contexte de forte concurrence mondiale autour des métaux utilisés dans les batteries électriques, l’aéronautique, la défense et plusieurs industries technologiques.

Le projet repose sur une répartition précise des activités entre les trois partenaires. EGC fournirait l’hydroxyde de cobalt issu de l’exploitation artisanale encadrée par l’État congolais. Trafigura assurerait les opérations logistiques, le transport et la commercialisation, tandis qu’EVelution Energy transformerait ce cobalt aux États-Unis dans son futur complexe industriel de Yuma, en Arizona. L’entreprise prévoit d’y produire du sulfate de cobalt et du cobalt métallique destinés notamment aux fabricants américains de batteries, aux industries de défense et au secteur aéronautique. L’usine, présentée comme la première raffinerie de cobalt à échelle commerciale aux États-Unis, devrait entrer en chantier début 2027 pour une mise en service annoncée fin 2029.

Les partenaires veulent aussi utiliser le corridor ferroviaire de Lobito pour sécuriser l’acheminement du minerai entre la RDC et l’océan Atlantique. Cette ligne relie Kolwezi au port angolais de Lobito sur plus de 1 700 kilomètres et permettrait de réduire le temps de transit à environ sept jours. Le corridor bénéficie déjà d’un financement estimé à 753 millions USD provenant notamment de la DFC américaine et de la Development Bank of Southern Africa. Pour Washington, cette infrastructure devient progressivement un axe stratégique afin de sécuriser des chaînes d’approvisionnement alternatives face à la domination chinoise dans le raffinage des minerais critiques.

Au-delà des exportations, le partenariat prévoit également des discussions sur le développement de capacités locales de raffinage en RDC, des programmes de formation technique pour les équipes congolaises ainsi qu’une éventuelle participation minoritaire d’EGC dans certaines infrastructures industrielles américaines liées au traitement du cobalt. Les trois entreprises disent aussi vouloir renforcer les mécanismes de traçabilité du cobalt artisanal congolais en s’alignant sur les standards de diligence raisonnable de l’OCDE et sur les exigences réglementaires américaines.

Pour la RDC, premier producteur mondial de cobalt, l’enjeu dépasse désormais la simple extraction minière. Kinshasa cherche à capter une part plus importante de la valeur ajoutée générée par ses minerais stratégiques. Cette nouvelle alliance illustre aussi la montée de la présence américaine dans les chaînes minières africaines, alors que les États-Unis tentent de réduire leur dépendance aux circuits de transformation dominés par la Chine. Derrière le cobalt, c’est aussi une bataille industrielle, énergétique et technologique qui se joue entre les grandes puissances.

— Joldie KAKESA

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