Sicomines : le Parlement réclame des explications sur près de 948 millions USD destinés aux infrastructures

Le député national Flory Mapamboli demande au Gouvernement de clarifier la situation de près de 948 millions USD attendus dans le cadre du partenariat entre la RDC et Sicomines. Dans une question écrite adressée le 19 mai 2026 au ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, l’élu de Kasongo-Lunda s’interroge sur la mobilisation, la gestion et la traçabilité des fonds destinés aux infrastructures publiques.

Au centre de cette démarche figure l’avenant n°5 signé le 14 mars 2024 entre la RDC et Sicomines. Cet accord prévoit un décaissement immédiat de 300 millions USD à la signature, puis un financement annuel de 324 millions USD pour les infrastructures entre 2024 et 2040. Selon Flory Mapamboli, à la fin de l’exercice 2025, plus de 948 millions USD auraient déjà dû être mobilisés, notamment grâce à la hausse des cours du cuivre sur le marché international. Mais le député affirme qu’environ 450 millions USD n’auraient toujours pas été décaissés par Sicomines.

Des interrogations sur la gestion des fonds

Le député estime aussi que les 624 millions USD attendus dans le cadre du partenariat ne seraient visibles ni dans les recettes publiques de 2024 ni dans les dépenses d’investissement correspondantes. Pour lui, cette situation pose un problème de transparence budgétaire et de comptabilisation des ressources publiques. Il demande ainsi au Gouvernement de préciser les montants réellement dus, les sommes déjà versées, l’existence éventuelle d’un compte bancaire dédié et les mécanismes de contrôle utilisés pour suivre ces financements.

Dans sa correspondance, Flory Mapamboli évoque également une enveloppe additionnelle de 150 millions USD qui serait attendue depuis 2022. Il cite aussi plusieurs projets d’infrastructures qui seraient restés inachevés ou partiellement financés malgré les engagements pris dans le cadre du programme sino-congolais.

Cette nouvelle interpellation relance le débat autour du contrat Sicomines, souvent appelé « contrat chinois ». Conçu comme un mécanisme d’échange entre ressources minières et infrastructures, ce partenariat devait permettre à la RDC de financer des routes, des hôpitaux, des universités et d’autres ouvrages publics grâce aux revenus tirés de l’exploitation minière. Mais près de vingt ans après la signature initiale de la convention, les discussions persistent sur le volume réel des infrastructures réalisées, la valeur des minerais engagés et l’équilibre économique global du partenariat.

Le député critique aussi certaines exonérations fiscales accordées à Sicomines, notamment l’exemption de l’impôt spécial sur le profit excédentaire. Ce mécanisme devait permettre à l’État de récupérer une partie des revenus supplémentaires générés lorsque les prix du cuivre et du cobalt augmentent fortement sur les marchés internationaux.

Cette démarche parlementaire intervient alors que l’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration (APCSC) a lancé en mars 2026 un audit technique et financier du programme sino-congolais. Les autorités expliquent que cette opération vise à obtenir une évaluation plus précise des flux financiers, des infrastructures livrées et des engagements encore en attente.

Pour les finances publiques congolaises, l’enjeu dépasse la seule question politique. Si les fonds liés au partenariat Sicomines ne sont pas correctement retracés dans les comptes de l’État, cela peut compliquer le suivi des dépenses publiques et réduire la visibilité sur l’impact réel du programme sur les infrastructures du pays.

— Peter MOYI

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