Le 23 février 2026, une ordonnance présidentielle a nommé Soraya Aziz-Moto à la direction générale de l’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) en République démocratique du Congo. Cette nomination intervient dans un contexte où le pays cherche à transformer son potentiel énergétique colossal en moteur de croissance. Avec un taux d’accès à l’électricité oscillant autour de 22% selon les dernières estimations de la Banque mondiale, le défi est autant technique que financier. La nouvelle directrice générale hérite d’une institution clé, dont la crédibilité conditionne l’arrivée de capitaux privés, indispensables pour moderniser le réseau et électrifier les zones rurales et industrielles.
Un parcours construit aux interfaces du développement et de l’énergie
Le profil de Soraya Aziz-Moto se distingue par une hybridation rare entre l’univers extractif, la gestion des enjeux communautaires et la mise en œuvre de politiques publiques. Avant de prendre les rênes de l’ARE, elle a occupé des postes opérationnels où elle a appris à naviguer dans des environnements complexes. Son passage par le Carter Center lui a notamment permis de travailler sur des programmes de renforcement des capacités et de gouvernance, des sujets où se confrontent directement les intérêts de l’État, des entreprises et de la société civile.
Son parcours académique, qui comprend une formation en Development Studies à l’Université de Sussex et un programme de leadership au McCain Institute de l’Arizona State University, a consolidé cette approche. Au McCain Institute, une citation laissée dans un portrait de l’époque résume sa philosophie d’action : veiller à ce que « les habitants de la RDC bénéficient équitablement » de la valeur créée par les grands projets . Cette vision, forgée dans le secteur minier où elle a été distinguée comme Mining Woman of the Year en 2015 , elle l’a ensuite appliquée à l’énergie.
Avant sa nomination, Soraya Aziz-Moto était directrice de communication et mobilisation des partenariats à l’ANSER (Agence Nationale des Services Énergétiques en Milieux Rural et Péri-urbain). À ce poste, sa mission était claire : convaincre des bailleurs et aligner des intérêts publics et privés autour d’une feuille de route. La presse congolaise lui attribue une contribution active à l’élaboration de la feuille de route quinquennale de l’agence et à la mobilisation d’environ 100 millions USD pour l’électrification rurale . Ce travail de fond sur le terrain, combiné à une reconnaissance publique (elle a également reçu un Regional Award for Africa de l’organisation Front Line Defenders ), dessine le portrait d’une professionnelle habituée à gérer des écosystèmes multi-acteurs, une compétence centrale pour le poste qu’elle occupe désormais.
Une vision stratégique pour sécuriser l’investissement électrique
L’équation à laquelle est confrontée Soraya Aziz-Moto à l’ARE est connue des observateurs du secteur en Afrique subsaharienne : des tarifs souvent inférieurs aux coûts de production, des arriérés de paiement des opérateurs publics, un faible recouvrement et un sous-investissement chronique dans la maintenance. Dans ce type d’environnement, la fonction de régulation dépasse largement le simple cadre administratif. Elle devient un instrument de structuration du marché.
L’expérience de Soraya Aziz-Moto en matière de mobilisation de financements lui confère une lecture pragmatique de ces blocages. Pour attirer les capitaux, la RDC doit offrir aux opérateurs et aux investisseurs des règles du jeu lisibles et stables. Cela implique des tarifs prévisibles, une transparence dans l’attribution des licences et un cadre de résolution des différends qui inspire confiance. Les engagements pris par plusieurs nations africaines lors du sommet sur l’énergie de Dar es Salaam en janvier 2025, dans le cadre de l’initiative « Mission 300 » soutenue par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement, vont dans ce sens : les réformes réglementaires sont la contrepartie nécessaire aux financements internationaux .
La nouvelle directrice générale de l’ARE apporte une sensibilité particulière à la dimension sociale et communautaire des projets, forgée dans les mines. Dans un pays où les tensions sur l’usage des terres ou les contestations tarifaires peuvent bloquer des chantiers, cette compétence est un atout. Pour l’investisseur, elle se traduit par une réduction du risque d’exécution. La capacité de l’ARE à articuler discipline financière, qualité de service et acceptabilité locale pèsera directement sur la compétitivité industrielle du pays. L’objectif, à terme, est d’électrifier des zones économiques et des bassins miniers aujourd’hui contraints par un approvisionnement instable et coûteux.
Perspectives
La nomination de Soraya Aziz-Moto place un profil de terrain et de dialogue à la tête d’une institution qui doit passer d’un rôle de contrôle à un rôle d’accélérateur. Les opérateurs du secteur attendent désormais des actes concrets : une clarification des textes, une accélération des procédures et une prévisibilité accrue des décisions. C’est à cette condition que la promesse d’une régulation comme levier d’investissement pourra se vérifier dans les mois à venir.
