Devant les deux chambres réunies à Kinshasa, Félix Tshisekedi a présenté la guerre dans l’Est comme une agression liée à la convoitise des minerais stratégiques, tout en affirmant que l’accord de paix avec le Rwanda ne cède ni territoire ni ressources de la République démocratique du Congo.
Minerais critiques, souveraineté économique et réforme sécuritaire
Le chef de l’État a d’abord écarté l’idée d’un simple conflit communautaire ou d’une rébellion locale. Il décrit un affrontement qui vise, selon lui, une région riche en minerais dits critiques, au cœur des chaînes de valeur mondiales et du potentiel de croissance de la RDC. La bataille porte sur le contrôle d’un espace qui pèse lourd dans les recettes d’exportation, dans la capacité de l’État à financer son budget et dans la solidité de la monnaie nationale.
Dans ce contexte, Félix Tshisekedi dit avoir engagé une reconfiguration de l’appareil de défense. Il évoque la réorganisation de plusieurs commandements, le redéploiement de moyens vers les fronts jugés prioritaires et un renforcement du renseignement. Il insiste aussi sur la lutte contre les réseaux de contrebande qui siphonnent les minerais et privent le Trésor public de ressources fiscales, tout en alimentant financièrement les groupes armés. Pour un pays où les recettes minières représentent une part importante des entrées en devises, la maîtrise de ces flux reste un enjeu central de stabilité budgétaire et de politique monétaire.
Le président rattache ces décisions militaires à une réforme plus large du secteur de la sécurité. Il met en avant la volonté de professionnaliser l’armée, d’améliorer la rémunération et les conditions de vie des soldats, de renforcer la discipline, avec un objectif affiché, réduire les abus contre les civils et restaurer la confiance dans l’État, notamment dans les zones de conflit où l’économie informelle et les trafics prospèrent sur le vide de l’autorité publique.
Sur le plan diplomatique et économique, Félix Tshisekedi défend l’accord de paix conclu avec le Rwanda sous la médiation du président américain Donald Trump. Il assure que ce texte ne consacre aucun partage de souveraineté, ne valide aucune revendication territoriale et ne brade pas les ressources du pays. Il insiste, de manière répétée, sur un point, la RDC garde la main sur ses minerais et sur leur contribution à la richesse nationale. Le chef de l’État précise aussi que cet accord ne constitue pas une amnistie générale, il affirme que la justice continuera de poursuivre les crimes, message adressé autant aux acteurs armés qu’aux réseaux économiques qui profitent du chaos pour organiser la sortie illicite des ressources.
En filigrane, ce discours replace la question sécuritaire dans une logique économique, contrôle des minerais, sécurisation des recettes, stabilité de la monnaie et de l’investissement, la présidence congolaise tente de montrer que la paix recherchée doit aussi protéger la base matérielle du redressement du pays.
M. KOSI
