La société américaine KoBold Metals veut accélérer le développement du gisement de cuivre de Mingomba, en Zambie, avec un investissement estimé à 2 milliards USD et un début des travaux envisagé en 2027. Soutenue par des investisseurs comme Bill Gates et Jeff Bezos, l’entreprise cible un site dont les teneurs atteignent jusqu’à 5 % de cuivre dans certaines zones, avec une moyenne autour de 3,6 %.
Le gisement de Mingomba attire l’attention en raison de la qualité de son minerai. Dans l’industrie minière, une teneur élevée signifie qu’il y a plus de métal dans chaque tonne de roche extraite, ce qui améliore la rentabilité du projet. Avec des niveaux proches de ceux observés à Kakula, en RDC, Mingomba pourrait devenir l’une des découvertes les plus riches de Zambie depuis près d’un siècle, à condition que ces estimations soient confirmées lors des phases avancées de développement.
Un projet ancien relancé dans un contexte plus favorable
Le site n’est pourtant pas nouveau. Il est connu depuis 1979, lorsque Anglo American avait identifié son potentiel avant d’y renoncer pour des raisons économiques. La profondeur du gisement, qui peut atteindre 1 200 mètres, rend les opérations techniques et coûteuses, tandis que les contraintes logistiques liées au transport du cuivre vers les ports ont longtemps pesé sur la viabilité du projet. Plusieurs entreprises, dont Equinox Minerals, ont tenté de le développer sans succès, dans un contexte où les prix et les infrastructures ne permettaient pas d’absorber ces coûts.
Depuis son acquisition en 2018, KoBold Metals a changé l’approche en intégrant l’intelligence artificielle dans ses travaux d’exploration. Cette technologie permet d’analyser de grandes quantités de données géologiques pour mieux localiser les zones riches en cuivre et réduire les incertitudes. L’objectif est simple : investir de manière plus ciblée et améliorer les chances de rentabilité dans un projet où chaque décision technique a un impact financier important.
Le développement de la mine pourrait nécessiter environ 2 milliards USD, notamment pour le fonçage des puits, indispensable pour accéder au minerai en profondeur. KoBold envisage de réduire une partie de ces coûts en s’appuyant sur des infrastructures existantes dans la région et en nouant des partenariats industriels. La question logistique reste centrale, car elle influence directement le coût final du cuivre exporté.
L’amélioration du corridor de Lobito pourrait justement changer la situation. Cette infrastructure relie le Copperbelt aux ports de l’Atlantique et offre une alternative plus rapide et moins coûteuse pour le transport du minerai. Historiquement, ces contraintes logistiques ont freiné plusieurs projets miniers. Une meilleure connectivité pourrait donc renforcer la viabilité économique de Mingomba.
Pour la Zambie, ce projet intervient dans un moment clé. Le pays cherche à augmenter sa production de cuivre, principale source de devises et de recettes publiques. Le président Hakainde Hichilema vise une production de 3 millions de tonnes par an d’ici 2032. Atteindre cet objectif suppose la mise en service de nouveaux gisements, capables de soutenir la production nationale sur le long terme.
Au niveau international, le projet s’inscrit dans une compétition autour des minerais dits stratégiques. Le cuivre est indispensable pour les réseaux électriques, les batteries et les infrastructures liées à l’énergie. La demande augmente avec la transition énergétique, ce qui pousse les entreprises et les États à sécuriser leurs approvisionnements. Dans ce contexte, KoBold Metals a déjà levé environ 392 millions USD auprès d’investisseurs et de groupes miniers comme BHP, Rio Tinto et Glencore, ce qui montre l’intérêt pour ce type de projet.
Si Mingomba entre en production, il pourrait renforcer la position du Copperbelt zambien dans l’industrie minière africaine et mondiale. La région, qui s’étend aussi en RDC, reste un pôle majeur pour le cuivre et le cobalt, et l’arrivée de nouveaux projets pourrait consolider ce rôle dans les chaînes d’approvisionnement internationales.
— Peter MOYI
