Les autorités ont levé l’embargo sur les exportations de cobalt le 15 octobre. Pourtant, aucune cargaison n’a quitté la RDC, alors que les prix dépassent 52 000 USD la tonne, avec une hausse d’environ 110 % sur le marché mondial. La filière reste paralysée depuis neuf mois.
Une note ministérielle qui entretient le flou
La note interministérielle Mines–Finances publiée le 2 décembre devait donner un cap clair. Pour les entreprises minières, elle ne règle rien.
Dans une lettre adressée au ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, la Chambre des mines de la FEC estime que le nouveau système ne fonctionne pas en pratique.
Les quotas d’exportation accordés aux sociétés sont jugés inapplicables. Les miniers ne comprennent pas comment l’État répartit les volumes dits « stratégiques », ni pourquoi certaines entreprises reconnues par l’administration ne figurent pas sur la liste. Les opérateurs qui ne sont pas repris dans les quotas ne savent pas non plus quelle procédure suivre pour faire valider leurs demandes.
Un autre point crispe le secteur : l’obligation de payer la redevance minière avant toute exportation. Cette redevance est une taxe due à l’État sur la valeur du minerai. Les entreprises rappellent qu’aucune base légale ne prévoit ce paiement préalable.
La question de la qualité du cobalt ajoute encore de l’incertitude. Pour calculer un quota, il faut connaître le « taux de cobalt métal », c’est-à-dire la quantité de cobalt pur dans le produit. Or il n’existe toujours pas de méthodologie officielle. Sans standard accepté par tous, les résultats des laboratoires peuvent diverger, ce qui ouvre la porte à des contestations sans fin.
Le nouveau schéma donne aussi un rôle central à l’ARECOMS. Cette agence doit inspecter, contrôler, analyser et délivrer les certificats pour chaque cargaison. La DGDA, la DGRAD, le CEEC ou encore l’OCC restent présentes, mais avec moins de marge. Concrètement, les étapes se multiplient. Les délais s’allongent. Le risque de blocage augmente à chaque dossier.
Pour la FEC, le message est clair : même sans embargo officiel, exporter du cobalt depuis la RDC est presque impossible aujourd’hui.
Le dialogue entre l’administration et les entreprises est lui aussi en panne. La Chambre des mines affirme avoir demandé plusieurs fois des rencontres avec l’ARECOMS, sans réponse. Elle appelle le ministre des Mines à relancer le Cadre de concertation mis en place en octobre, afin de clarifier les règles et de relancer le transport du cobalt vers les ports.
La RDC est le premier producteur mondial de cobalt et un acteur central pour les batteries et la transition énergétique. Tant que ces zones d’ombre resteront en place, préviennent les opérateurs, la chaîne logistique congolaise restera bloquée, alors même que la demande internationale continue de grimper.
— M. KOSI
