Lithium à Manono : la RDC face au risque de répéter les erreurs du cuivre et du cobalt

La République démocratique du Congo possède à Manono, dans le Tanganyika, l’un des plus grands gisements de lithium connus au monde. Mais ce projet stratégique démarre déjà dans un climat de méfiance, avec des soupçons d’opacité, de pertes pour l’État et de conflits d’intérêts.

Un projet stratégique bloqué, des contrats cachés et des pertes pour l’État

L’ONG Resource Matters, basée à Bruxelles et à Kinshasa et spécialisée dans la gouvernance des ressources naturelles, alerte sur la façon dont le dossier lithium de Manono est géré. Ce gisement, clé pour la fabrication de batteries électriques, est aujourd’hui à l’arrêt. Un litige oppose la société australienne AVZ Minerals à la société publique congolaise La Cominière. Cette bataille juridique bloque le projet et prive les communautés locales de retombées économiques attendues.

Resource Matters souligne aussi que plusieurs contrats liés à Manono ne sont pas publiés, alors qu’il s’agit de ressources publiques. L’ONG évoque des paiements jugés douteux, dont un transfert de 70 millions USD de la société chinoise Zijin vers une ONG liée à des réseaux politiques congolais. Ce type d’opération nourrit les interrogations sur la gouvernance du projet.

Le dossier Manono s’inscrit aussi dans un rapport de force plus large. Les États-Unis renforcent leur présence via un partenariat minier récent avec Kinshasa. Dans le même temps, des entreprises chinoises comme Zijin consolident leur position. Des entités proches de figures politiques influentes, comme Simon Cong et Moïse Kabila, présentés comme proches du président Félix Tshisekedi, apparaissent dans la chaîne des transactions. Des permis miniers sont accordés très vite, sans qu’une étude d’impact environnemental soit rendue publique, ce qui pose la question du respect des règles.

Selon l’Inspection générale des finances, l’État congolais aurait perdu plus de 120 millions USD dans ce dossier. Cette perte viendrait notamment de la sous-évaluation d’actifs publics et de la cession à bas prix de parts de La Cominière. À cela s’ajoute une multiplication de procédures d’arbitrage, qui installe un climat d’incertitude pour les investisseurs et retarde la mise en valeur effective du gisement.

Face à ce constat, Resource Matters appelle à un « reset » du projet Manono. L’ONG demande la publication intégrale des contrats, l’application stricte du Code minier et un renforcement réel de la lutte contre la corruption. Sans ce changement de cap, la RDC risque une nouvelle fois de voir une ressource stratégique lui échapper, au profit de quelques acteurs bien connectés, alors que la population attend des emplois, des infrastructures et des recettes fiscales. La transparence et le respect des règles sont la condition pour que le lithium de Manono devienne un véritable outil de développement et non un nouveau dossier à scandale.

— M. KOSI

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