De Kinshasa à Pékin, de Bruxelles à Ottawa : qui dicte vraiment les règles du marché des minerais critiques ?

La demande de minerais critiques a explosé avec la transition énergétique et numérique. En cinq ans, la valeur du marché mondial a doublé pour atteindre 320 milliards USD en 2022. Le lithium, le cobalt et le nickel, indispensables aux batteries et aux énergies renouvelables, voient leurs besoins grimper de façon continue : la demande en lithium a triplé entre 2017 et 2022, celle en cobalt a progressé de 70 %, et celle en nickel de 40 %.

Une concentration inquiétante des chaînes d’approvisionnement

La République Démocratique du Congo fournit plus de deux tiers du cobalt mondial, mais reste cantonnée à une extraction primaire, tandis que la Chine contrôle 77 % du raffinage de ce métal et 65 % du lithium. Ce déséquilibre illustre la fragilité d’une chaîne dominée par quelques acteurs. Les restrictions à l’exportation de matières premières critiques ont d’ailleurs été multipliées par cinq depuis 2009, signe de la volonté des pays producteurs de garder une partie de la valeur ajoutée.

La dépendance se déplace : après le pétrole du Moyen-Orient, les économies avancées se retrouvent tributaires des métaux africains et du raffinage asiatique. Cette reconfiguration accroît les risques de rupture et la volatilité des prix. Pour y répondre, la France a engagé 1 milliard EUR dans son plan « France 2030 » afin de bâtir une filière nationale, de l’extraction au recyclage. Le Canada a créé un fonds de 1,5 milliard CAD pour soutenir infrastructures et projets liés aux minéraux critiques. Ces initiatives visent à renforcer la souveraineté industrielle tout en réduisant la dépendance vis-à-vis de Pékin.

En parallèle, le recyclage devient un pilier stratégique. En Europe, des projets comme Relieve (Eramet) misent sur la récupération des métaux contenus dans les batteries et déchets électroniques pour sécuriser l’approvisionnement.

La RDC incarne le paradoxe minier : un sous-sol parmi les plus riches de la planète et une population dont plus de la moitié vit sous le seuil de pauvreté. Le secteur industriel n’emploie que 0,1 % de la main-d’œuvre, laissant l’essentiel du travail aux creuseurs artisanaux, mal payés et exposés aux accidents mortels. Les circuits de vente, contrôlés par des négociants étrangers, entretiennent une spirale de dépendance et de précarité.

L’impact social se ressent aussi ailleurs : pression sur les infrastructures locales, tensions entre populations, déplacements forcés. Certaines compagnies minières investissent dans des routes, des puits ou des formations, mais ces efforts restent ponctuels et ne remplacent pas la gouvernance publique. Le risque demeure de voir les États s’en remettre aux firmes privées pour des missions régaliennes, aggravant la dépendance des communautés aux cycles d’ouverture et de fermeture des mines.

Sur le plan environnemental, la liste des dommages est longue : déforestation, pollution de l’eau par drainage acide ou métaux lourds, usage massif de produits chimiques. Le secteur consomme aussi d’importantes quantités d’eau, aggravant les tensions hydriques dans certaines régions arides.

Pour réduire son empreinte, l’industrie mise désormais sur des certifications (ISO 14001, Rainforest Alliance, Fairmined) et des innovations : drones, intelligence artificielle pour optimiser l’extraction, ou encore usines de recyclage financées par les plans nationaux. L’économie circulaire s’impose comme la seule voie crédible pour diminuer la dépendance et limiter les chocs futurs.

En définitive, la transition énergétique n’efface pas les vulnérabilités. Elle les déplace. Sans une gouvernance plus transparente et une intégration locale des richesses, les pays producteurs comme la RDC risquent de rester enfermés dans la « malédiction des ressources », tandis que les économies consommatrices continueront de jongler entre dépendance extérieure et ambitions climatiques.

— M. KOSI

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