SACIM, acteur stratégique du secteur diamantifère congolais, voit s’éloigner le spectre de l’asphyxie économique. Implantée dans le territoire de Miabi (Kasaï Oriental), cette entreprise sino-congolaise affichait une production régulière de 250.000 carats de diamants par mois, un volume important pour le pays, mais dont la commercialisation restait lourdement entravée depuis février 2022 par une décision ministérielle imposant une vente exclusive à un cercle fermé d’acheteurs congolais agréés par le CEEC.
Cette restriction, contraire aux principes de libre concurrence inscrits dans le Code minier de 2018, a mécaniquement comprimé les recettes. En moins de deux ans, SACIM a accumulé jusqu’à 13 mois d’arriérés de salaires, alimentant un climat de tension sociale. Les opérations sur site ont été perturbées par plusieurs mouvements de grève. Localement, le tissu socio-économique déjà affaibli par le déclin de la MIBA – dont SACIM est en partie issue – menaçait de s’effondrer.
Le 2 juin 2025, le ministère des Mines a enfin abrogé l’arrêté contesté. La mesure rétablit la liberté de commercialisation des diamants, ouvrant à nouveau l’accès aux marchés régionaux et internationaux. Elle aligne l’encadrement de SACIM sur les normes du Code minier en vigueur, qui reconnaît aux opérateurs le droit de négocier librement la vente de leur production, sous réserve du respect des obligations fiscales et de certification.
Ce redressement réglementaire intervient après des pressions répétées, notamment au Sénat, où une motion d’information du sénateur Ngoyi Kasanji avait mis en lumière la gestion opaque du dossier. Il dénonçait une dérive administrative susceptible de pousser l’entreprise vers la cessation d’activité, malgré une capacité de production qui pourrait placer SACIM parmi les cinq premiers producteurs du pays.
À l’échelle nationale, la RDC extrait chaque année près de 10 millions de carats, dont moins de 30 % sont officiellement canalisés par des sociétés organisées comme SACIM, le reste provenant de l’artisanat. La mise en conformité réglementaire de cette unité industrielle pourrait donc permettre une meilleure traçabilité et une augmentation des recettes fiscales dans un secteur où l’évasion commerciale reste massive.
Le ministère des Mines indique que les perspectives de SACIM dépendent désormais d’une réorganisation managériale et d’une sécurisation des flux logistiques, pour limiter les pertes en amont de l’exportation. Des discussions sont en cours avec des partenaires techniques chinois en vue de recapitaliser certaines lignes de production.
Cette évolution souligne un point de tension récurrent dans la politique minière congolaise : la multiplication des textes d’application sans étude d’impact approfondie. L’affaire SACIM met en relief la nécessité d’une cohérence entre la volonté de capter la rente minière et l’exigence de viabilité opérationnelle pour les entreprises qui, bien que partiellement étatiques, restent soumises aux lois du marché.
— M. MASAMUNA
