Kinshasa génère 15 000 tonnes de déchets par jour : la Regedek plaide pour mécanisation et financement durable

15 000 tonnes d’ordures quittent les foyers et marchés de Kinshasa chaque jour, soit près de 1 kg par habitant. Le directeur général de la Régie de gestion des déchets (Regedek), Jean-Claude Muissa, a alerté lors d’un déjeuner-débat des Chambres de métiers et de l’artisanat. La collecte demeure largement manuelle, la logistique saturée, et les dépôts sauvages se multiplient. Le système actuel ne couvre ni les besoins de fonctionnement (carburant, maintenance, salaires), ni les investissements essentiels (bennes tasseuses, centres de transfert, stations de tri).

Côté recettes, la taxe provinciale dédiée reste trop faible pour assurer une trésorerie régulière. Sans flux financiers prévisibles, pas de contrats pluriannuels crédibles avec les opérateurs, pas de renouvellement de flotte, pas de pièces détachées en temps voulu. La chaîne opérationnelle se grippe, les coûts cachés—santé publique, curages d’urgence, perte d’attractivité—s’alourdissent pour la ville.

Passer à l’industrialisation de la collecte, avec une fiscalité locale mieux calibrée

La Regedek défend un changement d’échelle : mécaniser la collecte et professionnaliser l’aval. Priorités techniques : flottes adaptées aux voies étroites, maillage de centres de transfert pour réduire les trajets à vide, tri en amont pour diminuer le tonnage à enfouir, contrats de performance adossés à des indicateurs clairs (tournées réalisées, volumes traités, temps d’immobilisation des engins). L’objectif : stabiliser les coûts unitaires par tonne, sécuriser l’approvisionnement en pièces et carburant, et fiabiliser la qualité de service.

Le levier budgétaire doit suivre. Une recette locale mieux calibrée—base élargie, barème proportionné, recouvrement sécurisé—permettrait de couvrir l’OPEX, de planifier le CAPEX et d’accéder au crédit équipement. Des mécanismes de paiement à l’acte, contrôlés par un suivi numérique des tournées, limiteraient les fuites et ancreraient la transparence. Sans ce socle financier et technique, l’amoncellement visible dans les rues, ruelles et marchés perdurera, avec un risque sanitaire et un coût économique élevés.

Le cycle d’échanges lancé par les CMA vise des réponses structurelles : bâtir une politique publique d’assainissement orientée résultats, où la ville achète un service mesurable et les opérateurs s’engagent sur des niveaux de performance. Kinshasa dispose d’un gisement de gains d’efficacité si la collecte bascule vers un modèle mécanisé, contractuel et adossé à une fiscalité stable.

— Peter MOYI

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