La réouverture du poste frontalier de Bunagana entre la République démocratique du Congo (RDC) et l’Ouganda a été décidée le 10 juillet 2025 par les autorités ougandaises, sans la présence ni l’accord préalable des représentants congolais. Ce point de passage, vital pour les échanges commerciaux dans la région des Grands Lacs, reste contrôlé côté congolais par le groupe armé M23 depuis juin 2022, un facteur aggravant pour la gestion de cette frontière.
Kinshasa a réagi rapidement. Lors du conseil des ministres du 11 juillet, le gouvernement a chargé le ministre des Affaires étrangères de demander des explications formelles à Kampala. Ce geste souligne les préoccupations liées à la souveraineté et à la stabilité sécuritaire dans une zone où l’État central peine à asseoir son autorité.
Le poste de Bunagana est un canal commercial stratégique. En 2024, le commerce bilatéral entre la RDC et l’Ouganda s’élevait à environ 120 millions de dollars annuels, selon les données de la Banque centrale congolaise. Une part importante de ces échanges concerne des biens de première nécessité et des produits agricoles, essentiels à l’économie locale. La fermeture du poste depuis 2022 avait réduit ces flux, impactant notamment les revenus des populations frontalières.
Le contrôle par le M23 complexifie la situation. Ce groupe armé, en occupant la zone, limite l’accès et la régulation officielle du commerce transfrontalier, exposant la RDC à des pertes économiques et à un affaiblissement de son contrôle douanier. La décision unilatérale ougandaise pourrait renforcer ce déséquilibre, surtout en l’absence d’un cadre diplomatique concerté.
Sur le plan monétaire, la reprise des échanges par Bunagana risque d’avoir un effet mitigé. D’un côté, la circulation accrue des marchandises peut stimuler l’activité économique locale, améliorer les recettes douanières et réduire la pénurie de certains produits. D’un autre côté, la dépendance économique accrue à l’Ouganda pourrait peser sur la balance commerciale congolaise, déjà déficitaire dans ses échanges avec ce voisin, avec un impact potentiel sur la stabilité du franc congolais.
La situation appelle une réponse diplomatique rapide pour clarifier les termes de cette réouverture et réaffirmer le contrôle national sur cette frontière. Sans un dialogue soutenu, la RDC pourrait voir s’éroder davantage son influence dans cette zone stratégique, au détriment de sa souveraineté et de sa sécurité économique.
— Peter MOYI
