Lithium à Manono : la RDC peut mieux négocier, à condition d’imposer des règles dès maintenant

Le gisement de Manono place la RDC dans la course au lithium, métal au cœur des batteries. Le Livre blanc sur la transformation locale des minerais stratégiques de la RDC. cité dans le texte estime qu’une première production pourrait démarrer dès 2026. La question n’est pas seulement d’extraire vite, mais de décider quelle part de la valeur restera au pays.

Le lithium est devenu un minerai très demandé avec l’essor des véhicules électriques et des systèmes de stockage d’énergie. En 2024, l’Australie reste le premier producteur mondial, devant le Chili. Sur dix ans, la production mondiale a augmenté de près de 660 % entre 2014 et 2024, portée par cette demande. Le lithium s’extrait surtout de deux façons : à partir de roches dures (spodumène) ou de saumures. Il est ensuite transformé en carbonate ou en hydroxyde, des produits utilisés pour fabriquer les batteries lithium-ion.

La RDC arrive plus tard dans cette filière, mais le texte souligne un atout : des réserves importantes à Manono, décrites comme parmi les plus grandes encore non exploitées au monde. Cette position peut donner au pays un vrai levier face aux investisseurs, si les autorités fixent des conditions claires dès le départ.

Le problème pointé est connu dans le secteur minier : le pays annonce vouloir sortir du modèle d’exportation brute, mais impose encore peu d’exigences capables de garantir une transformation locale. Le texte parle d’un écart entre l’ambition d’une industrie liée aux batteries et la faiblesse des obligations posées aujourd’hui aux opérateurs. Si rien ne change, le scénario est simple : extraction sur place, transformation ailleurs, emplois et technologie captés hors du pays.

Ce que le lithium peut changer pour les recettes, l’emploi et l’industrie

Manono peut renforcer le pouvoir de négociation de la RDC, parce que la filière est en construction et que les acheteurs cherchent à sécuriser des volumes. Mais ce pouvoir ne vaut que si l’État s’en sert. Concrètement, le levier se joue sur trois points : le niveau de transformation exigé, les engagements industriels et les conditions d’accès à l’énergie.

Le texte insiste sur un risque : répéter ce que la RDC a vécu avec le cuivre et le cobalt. Il cite des pratiques déjà observées : exportations sur de longues périodes de produits peu transformés, promesses de transformation rarement appliquées, moratoires et dérogations qui finissent par affaiblir la règle. Pour l’économie, l’effet est direct : moins de valeur ajoutée locale, moins d’emplois qualifiés, moins de transferts de savoir-faire.

Le Livre blanc propose donc de traiter le lithium autrement, en posant les règles avant que la production ne démarre. Première piste : faire de la transformation locale un critère d’octroi des permis, pas une promesse vague. L’idée est d’exiger au minimum une production sur place de carbonate ou d’hydroxyde, au lieu de se limiter au minerai.

Deuxième piste : renforcer les études de faisabilité. Le texte demande qu’elles ne se limitent plus à prouver que la mine est rentable. Elles devraient aussi intégrer un plan de transformation locale, un schéma d’accès à l’énergie et un modèle économique cohérent avec l’objectif industriel affiché.

Troisième point : l’énergie. Transformer le lithium demande une électricité fiable et compétitive. Dans un pays où l’électricité reste rare, le texte avertit que chaque projet doit prévoir dès le début une solution énergétique solide, alignée sur les priorités nationales plutôt que totalement à part du réseau.

Au final, le lithium de Manono n’est pas seulement un nouveau minerai. C’est un test de gouvernance économique : soit la RDC fixe des obligations crédibles et stables, soit elle reste un fournisseur de matière première avec une valeur ajoutée fabriquée ailleurs.

— M. KOSI

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