À l’Expo Béton RDC 2026 organisée à Kalemie, Manono Lithium a confirmé l’inauguration de la première phase de son projet avant la fin de l’année 2026. L’entreprise affirme aussi avoir déjà contribué à près de 10 000 emplois directs avec ses partenaires au 30 avril 2026. Derrière ces annonces, c’est surtout le rôle économique du Tanganyika qui évolue progressivement dans la nouvelle économie mondiale des batteries et des minerais stratégiques.
Pendant plusieurs années, Manono était surtout associée aux difficultés d’accès et au manque d’infrastructures dans le centre-est de la RDC. Aujourd’hui, cette localité attire l’attention des investisseurs internationaux grâce au lithium, un minerai utilisé dans les batteries électriques, les véhicules électriques et les systèmes de stockage d’énergie. Avec la transition énergétique mondiale, la demande pour ce minerai augmente fortement. Pour la RDC, l’enjeu dépasse donc largement le cadre d’un simple projet minier. Le pays cherche désormais à se positionner dans une industrie mondiale qui pourrait devenir l’une des plus importantes des prochaines décennies.
À Kalemie, Joan Heyuan, Directeur général de Manono Lithium, a présenté le projet comme un moteur de développement territorial. L’entreprise estime que la RDC possède un lithium de très haute qualité, ce qui pourrait renforcer sa place dans la chaîne mondiale des minerais critiques. Cette nouvelle position donne aussi au Tanganyika une importance économique plus large, alors que la province était longtemps considérée comme périphérique dans les grands circuits commerciaux régionaux.
Le projet repose aussi sur un important volet social et infrastructurel. Manono Lithium annonce près de 10 000 emplois directs déjà créés entre l’entreprise et ses partenaires. Dans une province où les opportunités économiques restent limitées pour une partie importante de la jeunesse, ce chiffre possède une portée économique mais aussi politique. L’entreprise cherche ainsi à présenter le projet comme un facteur d’amélioration des conditions de vie locales. Joan Heyuan a déclaré à ce sujet : « Nous sommes fiers de changer la vie des familles à Manono ».
Les infrastructures figurent également parmi les principaux axes du projet. L’entreprise annonce la réhabilitation de la Route nationale n°33, la construction de l’axe Manono–Kalemie ainsi qu’une connexion vers Lubumbashi. Ces investissements pourraient réduire les coûts logistiques, améliorer la circulation des marchandises et faciliter les échanges commerciaux dans une province longtemps marquée par l’isolement. Dans plusieurs pays africains, les grands projets miniers ont souvent servi de point de départ au désenclavement de certaines régions. Le Tanganyika pourrait suivre cette trajectoire si les projets annoncés sont effectivement réalisés.
Manono Lithium affirme aussi vouloir participer à 44 projets d’utilité publique. Même si les détails n’ont pas encore été dévoilés, cette stratégie montre une volonté d’intégrer davantage les questions sociales et communautaires dans le développement du projet. Dans plusieurs régions minières africaines, les tensions apparaissent souvent lorsque les populations locales ne perçoivent pas directement les retombées économiques de l’exploitation des ressources naturelles.
L’autre enjeu central concerne la transformation locale du lithium. La RDC cherche progressivement à sortir d’un modèle basé uniquement sur l’exportation de minerais bruts. Le projet de zones économiques spéciales dédiées aux nouvelles énergies vise notamment à encourager la transformation chimique, la fabrication de composants industriels et, à terme, une partie de la chaîne des batteries. Cette orientation pourrait permettre au pays de capter davantage de valeur ajoutée au lieu de rester uniquement un fournisseur de matières premières.
Malgré ces ambitions, plusieurs défis restent posés. Le développement du lithium congolais dépendra de la gouvernance, de la transparence, de la protection des communautés locales et de la gestion environnementale. L’histoire économique de plusieurs pays producteurs de ressources naturelles montre que les minerais peuvent soutenir la croissance, mais aussi créer des tensions lorsque les bénéfices sont mal redistribués ou que les infrastructures promises tardent à se concrétiser.
Avec le projet Manono Lithium, le Tanganyika entre progressivement dans une nouvelle géographie économique mondiale liée à la transition énergétique. La question centrale n’est plus seulement de savoir si la RDC possède des ressources stratégiques, mais plutôt si le pays pourra transformer cette richesse minérale en développement industriel et social durable.
— Peter MOYI

