Minerais, agriculture, logistique : comment le corridor de Lobito relie la RDC et la Zambie aux marchés européens

L’Union européenne confirme sa volonté de rester le premier partenaire économique de l’Afrique. Devant plusieurs chefs d’État africains, Ursula von der Leyen a mis en avant un chiffre simple : un tiers du commerce extérieur de l’Afrique se fait déjà avec l’Europe, et le continent exporte vers l’Union européenne plus de deux fois plus que vers la Chine.

Le corridor de Lobito, un exemple concret de ce partenariat

Pour la présidente de la Commission européenne, le commerce est au cœur du partenariat entre l’Europe et l’Afrique. Elle rappelle que la plupart des échanges entre les deux continents se font déjà sans droits de douane ni quotas, grâce aux accords de libre-échange et aux régimes de préférences mis en place depuis plusieurs années. Mais, selon elle, il reste encore une grande marge de progression, surtout si les échanges soutiennent davantage le développement local.

Dans ce discours, Ursula von der Leyen a pris un exemple très concret : le corridor de Lobito. Ce projet relie l’intérieur du continent africain au port de Lobito, en Angola. Il doit permettre d’acheminer les minerais dits « critiques » de la Zambie et de la République démocratique du Congo vers les marchés mondiaux, en particulier vers l’Europe. Ces minerais sont essentiels pour des secteurs en forte croissance, comme les batteries électriques, les énergies renouvelables ou l’industrie automobile.

Mais le corridor de Lobito ne concerne pas seulement les mines. Des entreprises européennes travaillent déjà avec des agriculteurs en Angola. Elles organisent des formations, les aident à respecter les normes européennes de qualité et les accompagnent pour exporter. Résultat concret : cette semaine, une première cargaison d’avocats angolais doit partir du port de Lobito vers l’Europe. Pour Bruxelles, cet exemple montre comment un projet d’infrastructure peut soutenir à la fois l’exportation de minerais et l’agriculture locale.

Ursula von der Leyen insiste aussi sur un autre point : le commerce à l’intérieur de l’Afrique. L’Union européenne dit vouloir soutenir la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf). L’idée est simple : plus les entreprises africaines commercent entre elles, plus elles deviennent solides, créent des emplois et sont prêtes à affronter la concurrence mondiale. Le message de l’Union européenne est que le commerce reste un levier important de croissance, même en période de tensions économiques et géopolitiques.

Le corridor de Lobito s’appuie sur un large réseau d’entreprises et d’institutions. Côté privé, plusieurs groupes européens sont au cœur du projet. Le portugais Mota-Engil détient près de la moitié du consortium Lobito Atlantic Railway, qui exploite la ligne ferroviaire. Le belge Vecturis apporte son expertise dans la gestion opérationnelle du rail. Trafigura, grande société de négoce de matières premières, joue aussi un rôle-clé dans l’investissement, l’achat de locomotives, de wagons et la modernisation de l’infrastructure, même si son siège est à Singapour.

Au niveau portuaire, la concession du terminal de Lobito a été confiée à Africa Global Logistics (AGL), intégrée au groupe MSC, l’un des leaders mondiaux du transport maritime basé en Europe. Ce lien renforce la place des acteurs européens dans la chaîne logistique qui relie le cœur du continent au reste du monde.

Les institutions publiques européennes sont également très présentes. Le projet bénéficie du soutien de l’Union européenne à travers l’initiative Global Gateway, qui vise à financer des infrastructures « durables » dans les pays partenaires. La Banque européenne d’investissement est impliquée comme partenaire financier. Plusieurs États membres participent dans le cadre de « Team Europe » : Belgique, Portugal, France, Allemagne, Italie, Espagne, Suède, Pays-Bas. Leurs agences de développement, comme l’AFD (France), la GIZ (Allemagne) ou la RVO (Pays-Bas), accompagnent le montage et la mise en œuvre du projet.

En République démocratique du Congo, ce corridor suscite beaucoup d’attentes. Il s’inscrit dans la stratégie du pays pour mieux valoriser son potentiel minier et développer une véritable chaîne de valeur autour des batteries électriques. Lors du Katanga Business Meeting, la Première ministre congolaise a rappelé cette ambition. Selon elle, avec la mise en œuvre du corridor de Lobito, la stratégie sur la chaîne de valeur des batteries et le potentiel minier unique de la RDC, le pays dispose des moyens pour devenir une plateforme industrielle verte à l’échelle du continent africain.

Pour la RDC comme pour l’Angola, la Zambie et les autres pays concernés, l’enjeu est simple à comprendre : transformer des richesses naturelles en emplois, en industries locales et en recettes stables pour les budgets publics. Le corridor de Lobito, soutenu par l’Union européenne, illustre cette volonté de faire du commerce non seulement un flux de marchandises, mais aussi un outil de développement économique pour les populations.

— M. KOSI

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