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Minerais critiques : pourquoi la RDC devient un terrain stratégique du duel Chine–États-Unis

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La République démocratique du Congo possède certaines des plus importantes réserves mondiales de cobalt, de coltan, de cuivre et de tantale. Ces minerais sont aujourd’hui indispensables à la fabrication des batteries électriques, des semi-conducteurs, des téléphones, des centres de données et des technologies militaires. Dans la rivalité industrielle entre la Chine et les États-Unis, la RDC apparaît désormais comme un acteur difficile à contourner.

Cette compétition mondiale ne porte plus uniquement sur l’exploitation des gisements miniers. Elle concerne surtout le contrôle de toute la chaîne industrielle, depuis l’extraction jusqu’à la fabrication des composants technologiques avancés. Selon plusieurs analyses internationales, la Chine domine encore largement les activités de raffinage et de transformation intermédiaire des minerais critiques, même lorsque ceux-ci sont extraits hors de son territoire, notamment en Afrique.

En RDC, cette présence chinoise est particulièrement visible dans le cobalt et le cuivre. Une grande partie des projets miniers industriels fonctionne avec des capitaux, des groupes ou des circuits commerciaux liés à Pékin. Cette domination dépasse la simple extraction. Les minerais doivent ensuite être transformés en matériaux chimiques, poudres métalliques, alliages spécialisés ou composants intermédiaires avant d’entrer dans les batteries, les véhicules électriques ou les équipements électroniques. C’est dans ces étapes que se concentre une part importante de la valeur industrielle mondiale.

Selon l’US Geological Survey, la RDC a représenté environ 74 % de la production mondiale de cobalt minier en 2023, tandis que la Chine reste le principal acteur du cobalt raffiné utilisé dans les chaînes industrielles internationales. Cette position permet à Pékin de conserver une influence importante sur plusieurs secteurs liés à la transition énergétique et aux technologies avancées.

Les États-Unis gardent néanmoins une avance dans les technologies de pointe. Des entreprises américaines comme NVIDIA, AMD, Qualcomm ou Apple dominent toujours le design des puces électroniques, les architectures des semi-conducteurs et plusieurs segments de l’intelligence artificielle. Entre ces deux blocs industriels, Taïwan occupe aussi une place stratégique grâce à TSMC, principal fabricant mondial de semi-conducteurs avancés conçus par des groupes américains.

Kinshasa cherche à sortir du simple modèle extractif

Dans ce contexte, la RDC tente progressivement de renforcer sa place dans la chaîne de valeur mondiale. Le défi pour Kinshasa ne consiste plus seulement à augmenter les volumes de production minière, mais aussi à développer des capacités locales de raffinage et de transformation industrielle. L’objectif est de capter une part plus importante des revenus générés par les minerais critiques et de réduire la dépendance au simple export de matières premières.

Cette logique explique aussi le rapprochement observé entre Washington et Kinshasa autour des minerais stratégiques. Les États-Unis cherchent à réduire leur dépendance aux chaînes industrielles dominées par la Chine, surtout dans le cobalt et le tantale dont la RDC possède une grande partie des réserves mondiales. C’est dans ce cadre que le corridor de Lobito prend une dimension géopolitique importante. Soutenu par les États-Unis et leurs partenaires, ce projet d’infrastructures vise à faciliter l’exportation des minerais de la RDC et de la Zambie vers les marchés internationaux via l’Angola.

Pour plusieurs analystes, la RDC pourrait devenir l’un des espaces les plus disputés de la nouvelle économie mondiale des minerais critiques. Mais cette position stratégique ne produira des effets durables que si le pays parvient à développer une véritable base industrielle locale autour du raffinage, des précurseurs chimiques et des composants destinés aux batteries et aux technologies énergétiques.

— Peter MOYI

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