Le ministre congolais des Mines, Louis Watum Kabamba, a participé au forum Mining Indaba 2026 à Cape Town, en Afrique du Sud, avec un message clair : la République démocratique du Congo dit vouloir rassurer ses partenaires, défendre la stabilité des engagements pris et attirer des capitaux sur des projets structurants. Au cœur de son agenda, des réunions ciblées sur l’investissement, la gouvernance des projets et l’amélioration des pratiques dans un secteur qui pèse lourd dans les recettes d’exportation du pays.
Selon la communication du ministère, Louis Watum a présenté le projet des Mines de fer de la Grande Orientale (MIFOR) comme un cadre destiné à accélérer l’exploitation du fer et, surtout, à soutenir la mise en place d’infrastructures de transport. L’objectif affiché est d’améliorer la continuité logistique entre le nord-est et le sud-est du pays, avec l’ambition de mieux connecter les grands axes économiques et de relier, à terme, les façades atlantique et indienne.
Cette approche répond à une contrainte bien connue des investisseurs : en RDC, la valeur d’un gisement ne dépend pas seulement des réserves, mais aussi de la capacité à évacuer la production à coût maîtrisé. Dans ce type de dossier, la question centrale devient alors le financement des corridors — routes, rails, ports secs, énergie — et la manière dont l’État garantit la stabilité contractuelle et la transparence dans l’exécution.
Banques, gouvernance et “contenu local” : les discussions au centre du déplacement
Toujours d’après le compte rendu officiel, le ministre a enchaîné des réunions bilatérales avec plusieurs institutions financières : Trade and Development Bank (TDB), Standard Bank Group, Development Bank of Southern Africa (DBSA) et Public Investment Corporation (PIC). Les échanges auraient porté sur les modalités de financement, la gouvernance et “l’alignement des attentes” entre l’État et les partenaires.
Derrière ces formules, il s’agit de sujets très concrets : qui porte le risque, quelles garanties sont exigées, quel rôle pour les banques régionales et internationales, et comment structurer les projets pour éviter les retards, les dépassements de coûts ou les blocages administratifs. Pour les bailleurs, la gouvernance est souvent un point de départ : auditabilité, traçabilité des décisions, mécanismes de contrôle, et capacité à résoudre rapidement les différends.
Le ministre a également rencontré des délégations du Japon, de la Belgique et de l’Union européenne, ainsi que d’autres partenaires internationaux, autour des opportunités d’investissements bilatéraux et privés dans les “segments d’affaires” du secteur minier congolais. Ces échanges s’inscrivent dans un contexte de compétition entre acteurs étrangers pour sécuriser l’accès aux minerais, mais aussi pour se positionner sur les chaînes de valeur liées au cuivre, au cobalt, au lithium ou encore au fer.
Sur le plan strictement sectoriel, Louis Watum dit avoir échangé avec des dirigeants d’entreprises minières actives en RDC. Le ministère évoque un besoin d’“accompagnement” et d’orientation exprimé par certains opérateurs, dans un environnement où les règles sont parfois jugées difficiles à appliquer de manière uniforme sur l’ensemble du territoire.
Parmi les thèmes abordés : le respect du Code minier, notamment les dispositions relatives à la participation des personnes physiques congolaises au capital des sociétés, ainsi que les obligations environnementales et sociales. Ce volet, souvent résumé sous l’expression “licence sociale”, est devenu un marqueur majeur de stabilité : quand les impacts ne sont pas gérés (déplacements, pollution, conflits d’usage), le risque opérationnel augmente et le coût du financement peut suivre la même courbe.
Autre dossier évoqué : l’exploitation artisanale et l’artisanat illégal, un enjeu à la fois économique, sécuritaire et de gouvernance. Dans plusieurs zones minières, l’artisanat représente une source de revenus pour les ménages, mais il pose des questions de sécurité sur les sites, de contrebande, de fiscalité, et de contrôle des chaînes d’approvisionnement. Les parties auraient convenu de poursuivre les discussions dans des cadres techniques de concertation, afin de mieux coordonner les services publics, les entités techniques et les opérateurs privés.
Dans cette même logique, un “DRC Breakfast” — un petit-déjeuner de travail traditionnel lors de Mining Indaba — a servi de cadre de discussion directe avec des acteurs miniers et économiques. Selon la communication du ministère, l’objectif est de favoriser des échanges plus pragmatiques sur les contraintes du terrain : procédures, délais, sécurité, exigences sociales, et conditions de travail.
Le déplacement a aussi été l’occasion de revenir sur la lecture des partenariats internationaux de la RDC. Le ministère souligne que les discussions ont permis de “clarifier” des accords, y compris ceux conclus avec les Émirats arabes unis et les États-Unis, en défendant une logique d’intérêts réciproques et de création de valeur. Un message qui vise autant les partenaires que les opinions publiques : dans un secteur minier très exposé, la perception de l’équilibre des bénéfices — pour l’État, pour les entreprises, pour les communautés — reste un sujet sensible.
Enfin, le ministre a évoqué son récent séjour aux États-Unis, dans un registre plus technique. Il a dit avoir encouragé une coopération “urgente” sur l’exploration minière entre l’US Geological Survey (USGS) et les services congolais. Il a aussi insisté sur la formation et le renforcement des capacités des jeunes cadres et étudiants, citant la Colorado School of Mines à Denver comme référence dans le domaine.
En filigrane, Kinshasa cherche à envoyer un signal : la RDC veut attirer des financements, mais aussi renforcer la compétence locale et la cohérence des projets, dans un secteur où la crédibilité se mesure moins aux annonces qu’à la capacité à livrer des infrastructures, à faire respecter les règles et à stabiliser l’environnement des affaires.
— M. KOSI
