RDC : l’appréciation du franc menace les recettes publiques, cap sur la stabilité monétaire

La progression du franc congolais risque d’éroder les recettes courantes libellées en CDF, alors que les dépenses rigides restent inchangées. Dans une économie où près de 90 % des dépôts bancaires et plus de 85 % des transactions se règlent en USD, l’urgence est de stabiliser le change pour préserver l’activité et la confiance. Texte inspiré d’un post sur X de l’honorable Flory MAPAMBOLI.

La remontée du franc améliore le pouvoir d’achat importé, mais elle compresse mécaniquement les encaissements convertis du dollar vers le CDF. Les entreprises tiennent l’essentiel de leur comptabilité en USD, une large part des salaires du secteur privé est payée en devises, tandis que l’État exécute de nombreuses charges incompressibles en monnaie nationale. Ce décalage fragilise l’équilibre budgétaire en cas d’appréciation trop rapide.

La Banque centrale du Congo (BCC) a marqué des points en matière de pilotage. Le contexte appelle désormais un objectif clair : lisser les mouvements du taux de change, éviter les emballements à la hausse comme à la baisse et ancrer les anticipations. Les instruments existent : interventions de change calibrées, gestion fine de la liquidité, coordination avec la politique budgétaire, signal robuste sur le taux directeur lorsque nécessaire. La stabilité du franc consolidera, avec le temps, la confiance des agents économiques.

Que faire pour réduire la dollarisation sans freiner l’activité ?

Accélérer la monétique en CDF avec un switch national est décisif. Un système d’acceptation et de compensation domestique, fiable et peu coûteux, fluidifiera les paiements en monnaie locale. À cela s’ajoute la généralisation des moyens numériques en CDF pour les règlements du quotidien : plus l’usage est simple et ubiquitaire, plus l’arbitrage en faveur du franc devient naturel.

Des incitations ciblées peuvent renforcer cette préférence : commissions réduites sur les transactions en CDF, avantages fiscaux limités dans le temps pour les commerçants qui encaisseront en monnaie locale, obligation d’affichage des prix en CDF assortie d’un contrôle effectif de l’équité des tarifs. Côté recettes publiques, la montée en charge de la facture normalisée, la sécurisation des filières d’exportation — notamment la reprise des volumes de cobalt — et une administration fiscale outillée amélioreront la base taxable et la traçabilité.

Le cap de moyen et long terme reste inchangé : produire plus localement. Une offre domestique plus abondante réduit la dépendance aux importations, amortit les chocs de change et stabilise les prix. Cela suppose des réformes structurelles soutenues, une logistique plus fluide et un climat des affaires qui facilite l’investissement productif. Dire cette réalité peut paraître impopulaire ; elle demeure salutaire si l’on veut aligner stabilité monétaire et croissance durable.

— M. KOSI

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