La République démocratique du Congo (RDC) n’a pas progressé dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) publié par Transparency International pour 2025. Le pays obtient 20/100 et se classe 165e sur 182. La note est identique à celle de 2024. Ce maintien à un niveau très bas remet au centre une question concrète : quels effets visibles produit la lutte contre la corruption, notamment via l’APLC ?
L’IPC ne comptabilise pas chaque affaire une à une. Il rassemble des évaluations d’experts et d’acteurs économiques sur la corruption dans le secteur public, sur une échelle de 0 (très corrompu) à 100 (très intègre). Quand un pays reste à 20/100, cela signifie que, pour ces observateurs, la corruption est perçue comme très présente et que les garde-fous paraissent faibles.
Transparency International décrit aussi une tendance mondiale qui pèse sur les scores : recul des contre-pouvoirs, pressions sur la société civile, fragilisation de l’indépendance des médias et application moins ferme des règles. Même des pays réputés solides reculent lorsque le pilotage politique et administratif n’est pas jugé assez strict.
En RDC, le problème mis en avant par les chiffres n’est pas une chute brutale, mais un blocage. Le pays a gagné des points au début des années 2020, puis la note n’a plus bougé. Or, selon les éléments cités, le pays s’était engagé à réduire sensiblement la corruption à l’horizon 2026. À l’approche de cette échéance, l’absence d’amélioration perçue alimente le doute sur l’efficacité des mesures annoncées.
Pourquoi l’indice ne bouge plus et ce que cela change
Créée comme « autorité nationale de référence », l’Agence de prévention et de lutte contre la corruption (APLC) devait incarner une réponse institutionnelle. Six ans après sa création, la stabilité de l’IPC pose un défi simple : les actions engagées ne sont pas ressenties dans la gouvernance quotidienne, ni dans la confiance accordée aux mécanismes de contrôle.
D’abord, la répétition d’affaires et de soupçons de corruption (détournements, pots-de-vin, scandales) laisse l’impression d’un problème qui se reproduit sans coût réel pour les auteurs. Quand les affaires se succèdent, l’opinion retient surtout ce qu’elle voit : l’argent qui disparaît, les services publics qui se dégradent, les sanctions qui tardent.
Ensuite, la corruption est décrite comme systémique dans l’administration. Cela renvoie à des pratiques installées : paiements informels, favoritisme, circuits opaques, décisions administratives influencées par l’intérêt privé. Pour les ménages, cela se traduit souvent par des frais non officiels pour obtenir un document, accélérer un dossier ou accéder à un service. Pour les entreprises, cela peut augmenter les coûts, créer de l’incertitude et décourager l’investissement.
Enfin, il y a un problème de visibilité et de crédibilité de l’action anticorruption. Une lutte efficace se juge sur des faits faciles à vérifier : enquêtes qui aboutissent, poursuites, sanctions, récupération des fonds, prévention dans les administrations, publication d’informations utiles. L’Agence de prévention et de lutte contre la corruption avait pourtant bien commencé : une Stratégie nationale de lutte contre la corruption, inclusive, fruit de la contribution d’experts congolais maîtrisant le secteur, des actions de prévention sur terrain palpables et des rapports annuels rendus publics, permettant à chacun de mesurer les avancées de la RDC sur les questions d’anti-corruption. Pourtant, depuis le lancement de la Ligne bleue anti-corruption « Lobela biso tolandela bango », plus rien. L’APLC semble s’être installée dans un profond sommeil.
Dans ce contexte, le débat se déplace vers une exigence de preuves. L’IPC agit comme un thermomètre : quand la température ne baisse pas, cela suggère que les mesures ne sont pas assez fortes, pas assez appliquées, ou pas assez ressenties. Le sujet dépasse la communication. Il touche à la capacité de l’État à contrôler la dépense publique, à tracer les flux financiers et à faire respecter les règles, quel que soit le statut des personnes impliquées.
Les chiffres qui montrent la constance récente (2023–2025)
- 2023 : 20/100 — 162e mondial
- 2024 : 20/100 — 163e mondial
- 2025 : 20/100 — 165e mondial
Le classement se dégrade sur trois ans, et le score reste figé à 20/100. Autrement dit, la perception d’une corruption élevée reste installée. Pour que l’indice bouge, il faut des résultats concrets, visibles et vérifiables, capables de rétablir la confiance.
— Peter MOYI
