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Ressource Matters à Kinshasa : le lithium de Manono ne doit pas répéter l’échec du cobalt et du cuivre pour les populations locales

Jimmy Munguriek

Alors que la première production de lithium à Manono, dans la province du Tanganyika, est attendue d’ici mi-juin 2026, l’ONG Ressource Matters a réuni les parties prenantes les 25 et 26 mars à Kinshasa pour réfléchir aux conditions permettant à cette exploitation de bénéficier réellement au peuple congolais. Le constat de départ est sévère : avec le cuivre et le cobalt, le développement attendu par les Congolais a été « faible jusqu’aujourd’hui ».

Le directeur-pays de Ressource Matters, Jimmy Munguriek Wabwala, a formulé plusieurs exigences à l’issue des assises tenues à huis clos à l’Hôtel Hilton. « L’État congolais est invité à mettre en place un cadre légal vraiment attractif mais qui fait la balance entre investissement et bénéfice. On ne veut pas tirer les investissements pour que l’ensemble des bénéfices aille à l’étranger », a-t-il déclaré.

Sur la gouvernance du secteur, il a appelé à une transparence totale dans le processus d’octroi des permis et titres d’exploitation, avec des règles claires pour attirer des investisseurs disposant non seulement de capacités techniques et financières, mais aussi d’une volonté réelle de transfert de compétences au niveau local.

La question énergétique est également posée comme un préalable à la transformation locale. « Si nous voulons parler de la transformation locale, nous voulons parler de l’industrialisation, le gouvernement devra élaborer un plan énergétique qui répond aux besoins du secteur minier, du secteur du lithium en particulier, et des communautés locales qui vivent dans ces zones », a insisté Jimmy Munguriek.

Former les compétences locales avant que les machines arrivent

Pour Ressource Matters, le bénéfice pour les communautés locales ne peut pas attendre la fin de l’exploitation. La formation d’une main-d’œuvre qualifiée doit commencer maintenant, avant que la chaîne de valeur soit développée sur place. « La formation de la compétence locale doit commencer aujourd’hui », a martelé le directeur-pays.

Du côté des entreprises, l’ONG attend une exploitation responsable, avec des études de faisabilité qui intègrent les enjeux de développement local, de transformation sur place et de place accordée aux populations directement affectées. La création d’emplois locaux et l’industrialisation du milieu sont citées comme des indicateurs concrets de cette responsabilité.

Le gisement de Manono est considéré comme l’un des plus grands au monde, avec près de 45 millions de tonnes de réserves selon une étude de Rio Tinto. Plusieurs acteurs se partagent le projet, dont la société australienne AVZ Minerals et le groupe chinois CATL. Leur capacité à respecter ces exigences sera scrutée de près par la société civile congolaise.

— M. MASAMUNA

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