Le Grand Barrage de la Renaissance (GERD), achevé et inauguré le 9 septembre 2025, est désormais l’ouvrage hydroélectrique le plus puissant d’Afrique. Construit sur le Nil Bleu, il aligne une capacité de 5 150 MW, avec une puissance théorique portée jusqu’à 6 450 MW lors des phases d’ajustement. L’infrastructure, longue de 1 800 mètres et haute de 175 mètres, a nécessité quatorze années de travaux. Son coût total, évalué à 10 milliards USD, reste bien inférieur aux 15 milliards initialement évoqués, mais représente un effort colossal pour un pays dont le PIB dépasse à peine 150 milliards USD.
L’Éthiopie mise sur cette centrale pour doubler sa production électrique et vendre de l’énergie à ses voisins – Kenya, Djibouti et Soudan – avec un potentiel de 1 milliard USD de recettes annuelles. Le réservoir, d’une capacité de 74 milliards de m³, couvre près de 1 900 km², entraînant le déplacement de 20 000 habitants et un lourd tribut humain : 15 000 ouvriers auraient perdu la vie durant le chantier.
Une indépendance énergétique chèrement acquise
Le financement du barrage illustre la singularité du projet. Privée de l’appui de la Banque mondiale et d’autres bailleurs, Addis-Abeba a mobilisé ses propres ressources : obligations publiques, contributions obligatoires de la fonction publique, dons de la diaspora. Cette stratégie a renforcé l’image d’un chantier de souveraineté, mais au prix d’une pression financière directe sur la population.
Au plan régional, le GERD accentue les tensions. L’Égypte, dépendante du Nil à plus de 90 % pour son eau douce, redoute que le remplissage rapide du réservoir ne réduise son quota de 55,5 milliards de m³ garanti par les traités de 1929 et 1959. Des études évoquent une perte de 18 à 51 % de ses ressources hydriques selon le rythme choisi. Le Soudan, lui, oscille entre crainte d’inondations en cas de mauvaise gestion et espoir de gains économiques évalués à près de 29 milliards USD grâce à une régulation des crues et à l’achat d’électricité bon marché.
Malgré des médiations menées par les États-Unis, l’Union africaine ou la Banque mondiale, les négociations n’ont jamais abouti. L’absence de données transparentes sur les modalités de remplissage, la sédimentation et la sécurité de l’ouvrage maintient un climat de défiance. Symbole de fierté nationale pour l’Éthiopie, le GERD reste pour l’Égypte une menace existentielle, et pour le Soudan un pari incertain.
— Peter MOYI



