L’État congolais n’a levé que 25 millions USD sur les 40 millions USD recherchés lors de l’adjudication des Bons du Trésor en dollar américain du 18 novembre 2025, soit 62,5 % du montant visé, d’après le communiqué du ministère des Finances. Ce recul confirme l’affaiblissement de la demande sur le marché financier domestique depuis plusieurs semaines.
Un marché arrivé à saturation ?
Depuis le début de l’année, les Bons du Trésor ont servi de voie rapide pour financer les besoins du Trésor public. Les banques et autres investisseurs institutionnels ont souvent répondu présents, permettant au gouvernement de mobiliser des montants élevés. Depuis près de trois semaines, la mécanique se grippe : les dernières émissions enregistrent des résultats en retrait.
L’opération du 18 novembre en est une illustration nette. Seuls deux soumissionnaires ont présenté des offres sur ces Bons du Trésor d’une maturité de six mois. Le Trésor a retenu un taux d’intérêt de 9,5 %, niveau qui reste attractif pour des placements en devises sur le marché congolais, mais qui ne suffit plus à élargir la base des participants.
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette attitude prudente. Le premier tient à la saturation progressive du marché. Les émissions répétées de titres publics en dollar au cours des derniers mois ont absorbé une partie importante de la liquidité disponible dans les banques commerciales. Une fois leurs enveloppes remplies, ces institutions disposent de moins de marge pour souscrire de nouvelles opérations à court terme.
La gestion de trésorerie des établissements financiers joue aussi un rôle. Dans un environnement économique marqué par des incertitudes, certaines banques privilégient le renforcement de leurs réserves et la couverture de leurs besoins en devises pour leurs clients, plutôt que d’augmenter encore leur exposition à la dette de l’État, même si la rémunération est intéressante.
Les anticipations sur les taux d’intérêt entrent également en ligne de compte. Des investisseurs peuvent juger que les prochaines adjudications offriront des taux plus élevés si le Trésor veut rallumer l’appétit du marché. Attendre quelques semaines devient alors une stratégie, au risque de laisser passer certaines fenêtres d’investissement.
Enfin, les mouvements du taux de change USD/CDF pèsent sur les décisions. La volatilité du franc congolais incite une partie des acteurs à revoir leur stratégie sur les titres en devises, soit en limitant leur exposition, soit en la réorganisant dans le temps.
Malgré cette mobilisation en dessous de l’objectif fixé, le marché domestique des Bons du Trésor reste un outil central pour financer l’action publique. Les signaux envoyés par l’émission du 18 novembre invitent toutefois les autorités à mieux calibrer le calendrier des adjudications et les volumes proposés, afin de les rapprocher de la capacité réelle d’absorption des investisseurs locaux.
— M. KOSI



