Kinshasa subit encore des délestages et des coupures malgré le potentiel hydroélectrique de la RDC. Le projet privé Kinsuka Power annonce 900 mégawatts sur le fleuve Congo, à proximité immédiate de la capitale, avec une évacuation prévue vers Kinshasa et vers le sud du pays.
La réalité est simple; sans courant stable, la ville tourne au ralenti et l’industrie peine à investir. Entre générateurs coûteux, pannes répétées et électricité irrégulière, ménages et entreprises paient cher l’instabilité du réseau. Kinsuka Power se présente comme une réponse structurée à ce manque d’offre, à un endroit où le fleuve offre des conditions favorables.
Un site proche de Kinshasa, une conception « au fil de l’eau » et une évacuation en deux axes
Le projet est annoncé sur le fleuve Congo, à l’île de Kiudi, aux portes de Kinshasa. Sur près de dix kilomètres, le tronçon concerné est décrit comme une succession de rapides avec une chute d’environ quinze mètres. C’est cet élément physique qui fonde l’option technique retenue; produire de l’électricité « au fil de l’eau », c’est-à-dire en utilisant le débit du fleuve sans recourir à de grands réservoirs.
Ce choix vise un objectif opérationnel; assurer une production continue et régulière, en limitant les contraintes d’un stockage d’eau par barrage. Dans les faits, une centrale au fil de l’eau reste dépendante du débit, mais elle cherche à stabiliser la fourniture sur l’année en s’appuyant sur un site naturellement propice.
La puissance annoncée, 900 MW, place le projet dans une catégorie capable de peser sur l’équilibre offre-demande, surtout pour une capitale de grande taille. Si cette puissance est effectivement disponible et injectée au réseau, l’effet attendu est double; plus d’électricité pour Kinshasa et une marge pour soutenir l’activité économique, notamment l’agro-industrie, les services et les petites unités de transformation qui souffrent des pannes.
L’architecture d’évacuation présentée prévoit deux canaux. Le premier est une ligne haute tension destinée à Kinshasa, afin d’alimenter directement la capitale. Le second est une ligne en courant continu vers le sud du pays, avec une orientation indiquée vers les zones minières et industrielles. Ce point est central pour l’économie ; la production minière et la transformation industrielle exigent une énergie stable, car chaque arrêt non planifié se traduit par des pertes, des retards et des coûts supplémentaires.
Le message économique derrière cette double évacuation est clair ; il ne s’agit pas seulement d’allumer des lampes, mais aussi de réduire le coût de production des entreprises et de rendre possibles des investissements qui, aujourd’hui, restent freinés par l’incertitude énergétique. Pour les ménages, l’enjeu se traduit par moins de dépenses de dépannage (générateurs, carburant, batteries) et une meilleure continuité des services (eau, télécoms, froid, soins).
Sur le portage, le projet est attribué à Great Lake Energy, fondée par l’entrepreneur congolais Yves Kabongo. Il est aussi annoncé en partenariat avec le Groupe Forrest International, dirigé par Malta David Forrest, via sa filiale énergétique Congo Energy, pilotée par Spyros Giourgas. Dans un pays où de nombreux projets énergétiques restent bloqués au stade des annonces, la présence d’acteurs identifiés et installés de longue date en RDC est présentée comme un élément d’ancrage et de continuité.
Sur le volet technique, les études de préfaisabilité ont été réalisées par Tractebel, mentionné comme un acteur de l’ingénierie énergétique. Le texte source indique que ces études ont conclu à la viabilité technique, environnementale et économique du projet et qu’elles ont été validées par les autorités congolaises. À ce stade, le lecteur doit retenir une chose ; le projet met en avant un socle d’études déjà produit, avec une validation administrative évoquée.
Au plan institutionnel, Kinsuka Power est présenté comme aligné sur la stratégie énergétique nationale, avec des autorisations administratives, environnementales et réglementaires annoncées. La SNEL SA est indiquée comme intégrée à la conception pour assurer la compatibilité avec le réseau national. Pour le fonctionnement réel du système électrique, cette coordination est un point pratique ; une centrale, même puissante, n’apporte pas de solution si l’injection au réseau et l’acheminement vers les consommateurs ne sont pas sécurisés.
Enfin, le projet met en avant une idée de souveraineté énergétique ; réduire la dépendance aux solutions de secours coûteuses (diesel, importations ponctuelles, réseaux instables) et construire une base de production locale capable de soutenir l’industrialisation et l’emploi. Si les étapes annoncées se confirment — construction, raccordement, exploitation — l’impact attendu se mesurera concrètement dans la durée des coupures, la qualité de service et le coût réel du kilowattheure pour les entreprises et les ménages.
— M. KOSI

