Le 21 novembre 2025, Kamoa Copper a allumé le four de sa nouvelle fonderie dans la province du Lualaba. Cette unité devient la plus grande fonderie de cuivre du continent, alimentée par l’hydroélectricité, et renforce la capacité de la République démocratique du Congo à transformer sur place une partie de sa production.
Une fonderie intégrée qui pèse sur la chaîne de valeur et les comptes extérieurs
Derrière la mise en scène du feu parti d’un four traditionnel Lwanzo lua mikuba, près des communautés de Sammukoko, Cité Maseka et Cité Mpesa Moya, le message économique est clair : le cuivre ne sort plus uniquement du pays sous forme de concentré. La flamme portée par le chef coutumier Musokantanda Sabuni Kafweku jusqu’au site industriel symbolise ce passage d’un savoir ancien à une capacité moderne de transformation.
La fonderie de Kamoa-Kakula permet à Kamoa Copper de franchir un palier industriel. Depuis mai 2021, le complexe produisait du concentré de cuivre à haute teneur. Avec cette unité, une partie du minerai sera transformée plus loin sur place, ce qui augmente la valeur ajoutée créée en RDC. Cela se traduit par davantage d’emplois qualifiés dans la métallurgie, la maintenance, l’ingénierie, mais aussi par un effet d’entraînement sur la sous-traitance, les transports, les services et les recettes fiscales.
La structure du capital montre aussi l’enjeu pour les finances publiques. Kamoa Copper est une coentreprise détenue par Ivanhoe Mines à 39,6 %, Zijin Mining Group à 39,6 %, Crystal River Global Limited à 0,8 % et l’État congolais à 20 %. La participation directe de l’État permet de capter une partie des dividendes futurs, en plus des impôts et royalties classiques. Plus la fonderie tournera à un niveau élevé, plus la contribution potentielle au budget et aux réserves en devises sera importante, dans un pays où le cuivre et le cobalt dominent déjà les exportations.
L’alimentation du complexe par une électricité d’origine hydroélectrique joue un rôle central dans le profil environnemental du projet. Cette source limite les émissions de gaz à effet de serre liées aux opérations sur site (Scope 1 et 2). En transformant le cuivre localement plutôt que d’exporter uniquement du concentré vers des fonderies situées à des milliers de kilomètres, Kamoa Copper réduit aussi une partie des émissions associées au transport et aux étapes de transformation hors du pays, souvent classées dans le Scope 3. Moins de flux de concentrés à l’export signifie moins de coûts logistiques et un bilan carbone par tonne produite plus contenu.
Sur le plan industriel, la montée en puissance du complexe s’est faite par étapes. La production de concentré a démarré en 2021, puis les phases 2 et 3 ont augmenté les capacités. La fonderie complète ce dispositif et rapproche Kamoa Copper des grands groupes intégrés du cuivre, capables d’extraire, de concentrer et de transformer le métal sur un même pôle. Cette intégration réduit la dépendance à des capacités de raffinage étrangères et donne au projet une marge de manœuvre supplémentaire dans la négociation des contrats d’exportation.
Pour la RDC, l’enjeu dépasse le seul site du Lualaba. Dans un contexte de forte demande mondiale en cuivre, portée par les réseaux électriques, les énergies renouvelables et les véhicules électriques, la question est de savoir combien de valeur reste dans le pays. En installant une fonderie de cette taille sur son sol, la RDC commence à rapprocher son statut de grand producteur de minerai de celui de transformateur de métal, avec des effets attendus sur l’emploi, les recettes publiques et la position du pays dans les chaînes de valeur mondiales.
Kamoa-Kakula offre ainsi un exemple concret de ce que peut être une politique de montée en gamme dans le secteur minier : un site intégré, une énergie majoritairement hydraulique, une participation de l’État au capital et une part croissante de transformation locale. La suite dépendra du rythme de montée en régime de la fonderie, de la stabilité du cadre fiscal et réglementaire et de la capacité du pays à former les compétences nécessaires pour accompagner cette industrialisation.
Joldie KAKESA



