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RDC : le gouvernement cherche à transformer le débat sur l’emploi des jeunes en instruments concrets

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475 jeunes réunis, 305 recommandations, 12 obstacles identifiés autour de l’emploi et de l’entrepreneuriat : la Table ronde nationale organisée au Palais du Peuple s’est voulue un laboratoire de mesures pour sortir la jeunesse congolaise du chômage de masse. Le gouvernement promet d’articuler formation, crédit et accès aux marchés publics pour faire émerger un vrai tissu de PME.

PRONADEC, FOGEC, ARSP : architecture technique d’une politique pro-PME

Au cœur des explications du ministre de l’Entrepreneuriat et Développement des PME, Justin Kalumba, on retrouve le programme PRONADEC, lancé lors de son premier mandat. Son principe est de donner une colonne vertébrale à la politique en faveur des jeunes entrepreneurs, avec trois leviers qui se complètent.

Le premier levier touche au capital humain. La formation à l’entrepreneuriat doit démarrer dès l’école de base. La transformation de l’OPEC en ANADEC va dans ce sens : l’agence a vocation à passer d’un rôle administratif à un rôle d’appui direct, avec accompagnement, encadrement et suivi des porteurs de projets. C’est un enjeu de productivité : sans compétences de base en gestion, même une bonne idée se fracasse sur la réalité du marché.

Le deuxième levier est financier. Le FOGEC, Fonds de garantie de l’entrepreneuriat au Congo, sert de tampon entre les jeunes porteurs de projets et un système bancaire peu enclin à prêter sans garanties solides. En théorie, le mécanisme permet de partager le risque : l’État couvre une partie du prêt, la banque prête plus facilement, l’entrepreneur accède à un capital qu’il n’aurait jamais obtenu seul. L’accent mis sur les femmes entrepreneures montre aussi une volonté de corriger une inégalité d’accès au crédit bien documentée.

Le troisième levier est commercial : l’accès aux marchés publics. En ouvrant une partie de la commande publique aux jeunes entreprises, avec l’appui de l’ARSP, le gouvernement tente de créer un carnet de commandes local au lieu de réserver les contrats aux grandes structures. Une PME qui décroche un contrat public améliore ses revenus, sa trésorerie et sa capacité d’investissement. À terme, cela peut peser sur la création d’emplois, si les procédures sont réellement transparentes et appliquées.

La Table ronde apporte une brique politique à cet édifice technique. Pendant trois jours, 475 jeunes, venus de plusieurs provinces, ont travaillé sur leurs obstacles d’accès à l’emploi et à l’entreprise. Le chiffre de 305 recommandations montre l’ampleur des attentes : déficit d’information sur les dispositifs existants, manque de passerelles entre formation et marché du travail, difficultés d’accès au crédit, procédures de marchés publics jugées trop lourdes, etc. Les 12 obstacles identifiés donnent une grille de lecture pour prioriser les réformes.

Justin Kalumba résume cette architecture par une image : l’emploi, l’entreprise et la formation professionnelle doivent avancer ensemble. En langage économique, cela signifie aligner trois marchés – travail, capital et biens/services – au profit des jeunes. Une réforme isolée sur la formation, sans accès au crédit ni débouchés commerciaux, produit peu d’effets. À l’inverse, un dispositif de crédit sans compétences ni marchés fragilise les finances publiques et les banques.

Le ministre met aussi sur la table une orientation lourde : la création, dans chaque province, d’une grande école de formation professionnelle adaptée aux réalités locales. L’idée est de lier les filières à des chaînes de valeur concrètes : mines, agriculture, BTP, services, selon les atouts de chaque territoire. Si ce maillage provincial se matérialise, il peut réduire le décalage entre le profil des jeunes formés et les besoins des entreprises, un problème récurrent en RDC.

Au final, la Table ronde ne change pas, à elle seule, la situation de l’emploi des jeunes. Elle fait remonter des données, des chiffres, des blocages, et met en lumière une architecture de politiques publiques déjà amorcée avec PRONADEC, FOGEC, ANADEC et ARSP. La vraie question, désormais, se joue sur le calendrier, les budgets, la gouvernance des fonds et la capacité administrative de suivre des milliers de projets sur le terrain. C’est là que se jugera la crédibilité de cette offensive en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes.

M. KOSI

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