Les entreprises en République démocratique du Congo vivent avec la peur des coupures d’électricité. Beaucoup installent désormais des mini-centrales solaires pour continuer à produire, réduire leurs coûts et moins dépendre d’un réseau national fragile.
Quand le réseau lâche, le solaire prend le relais
La RDC possède d’importantes ressources naturelles, mais le courant ne suit pas. Le réseau électrique reste limité, mal entretenu et parfois totalement absent dans certaines zones industrielles. Les coupures répétées arrêtent les machines, bloquent les chaînes de production et font perdre de l’argent aux entreprises.
Ce sont surtout les industries extractives et manufacturières qui ressentent cette pression. Une coupure brutale en pleine production peut abîmer des équipements, retarder les livraisons et faire perdre des contrats. Derrière ces arrêts, il y a aussi des emplois menacés et des recettes fiscales en moins pour l’État.
Face à cette situation, la plupart des sociétés ont longtemps compté sur les groupes électrogènes. Ces machines permettent de continuer à travailler, mais elles coûtent cher en carburant et en entretien. Elles exposent aussi les entreprises aux variations du prix des produits pétroliers.
Depuis quelques années, une autre voie apparaît sur le terrain : le solaire. Congo Energy fait partie des acteurs qui accompagnent ce mouvement. Son CEO, Spyros Giourgas, résume le problème de départ : « Le réseau électrique national est non seulement limité, mais aussi vétuste, voire inexistant dans certaines régions. Les entreprises qui dépendent d’une alimentation stable en énergie font face à des défis majeurs. Chaque coupure d’électricité provoque des pertes financières importantes et menace leur viabilité à long terme. »
Le solaire n’efface pas le problème du réseau national, mais il donne aux entreprises une marge de manœuvre. Elles ne sont plus obligées d’arrêter de travailler dès que la société publique coupe le courant.
Les mini-centrales solaires se déploient plus vite que les grands barrages. Construire une centrale hydroélectrique peut prendre des années et demande des investissements lourds, avec une forte implication de l’État. À l’inverse, une installation solaire sur un site industriel peut être opérationnelle en quelques mois, parfois moins, si le terrain est prêt et le financement bouclé.
Concrètement, de nombreuses entreprises installent des panneaux solaires sur leurs toits ou sur des espaces libres autour de leurs usines. Ces panneaux alimentent directement les lignes de production, les bureaux, les chambres froides ou les systèmes de pompage. Pour les périodes de faible ensoleillement, elles gardent un groupe électrogène en secours, ce qui permet de sécuriser l’activité sans dépendre à 100 % du réseau public.
Spyros Giourgas détaille cette approche : « Nous proposons des centrales solaires autonomes, adaptées aux besoins des entreprises. L’association de panneaux solaires et de générateurs garantit une alimentation ininterrompue, même lorsque l’ensoleillement est faible. Il est essentiel de faire une étude préalable pour adapter l’installation à chaque région de la RDC, afin de garantir le meilleur rendement. Nous travaillons avec des entreprises comme Brasimba, qui cherchent à assurer une alimentation énergétique stable tout en réduisant leur empreinte carbone. »
Cette phrase met en lumière deux éléments clés pour les entreprises congolaises. D’un côté, la sécurité d’approvisionnement : pouvoir produire en continu, sans craindre que tout s’arrête au milieu de la journée. De l’autre, la pression croissante des normes environnementales, des partenaires internationaux et parfois des clients, qui demandent une énergie plus propre.
Le solaire répond aux deux. Une fois l’investissement initial réalisé, l’énergie produite ne dépend plus du prix du carburant. Les coûts d’entretien restent relativement bas si le matériel est de bonne qualité et bien dimensionné. Sur le plan environnemental, les émissions directes de CO₂ sont faibles, ce qui améliore l’image de l’entreprise auprès de ses partenaires et des marchés étrangers.
Le potentiel de la RDC dans ce domaine est important. Le pays bénéficie d’un fort ensoleillement sur une grande partie de l’année. Ce contexte donne un avantage naturel au solaire, à condition de préparer correctement les projets : étude de la consommation réelle, choix des équipements, qualité de l’installation, dimensionnement des batteries si nécessaire. Sans ce travail sérieux au départ, les entreprises risquent de se retrouver avec des systèmes sous-dimensionnés ou peu fiables.
Reste une question centrale : le financement. Beaucoup d’entreprises voient l’intérêt du solaire, mais hésitent devant le coût de départ. C’est là que les modèles de partenariat, le crédit bancaire ou les contrats de fourniture d’énergie sur le long terme peuvent jouer un rôle. Plus ces mécanismes se développeront, plus les mini-centrales solaires pourront se multiplier dans les zones industrielles du pays.
Pour Spyros Giourgas, il ne faut pas opposer solaire et hydroélectricité : « Le solaire peut apporter une réponse rapide au déficit énergétique qui freine les entreprises en RDC. Il ne faut pas non plus sous-estimer le potentiel de l’hydroélectricité, bien que sa mise en place prenne plusieurs années. Avec le bon soutien financier et réglementaire, ces solutions pourraient transformer le paysage énergétique du pays, tout en aidant les entreprises à rester compétitives et à réduire leur impact environnemental. »
L’enjeu est clair pour le tissu productif congolais : sortir du cycle des coupures et des groupes électrogènes coûteux, en combinant plusieurs sources d’énergie. Le solaire apparaît déjà comme un outil concret pour redonner de la visibilité aux entreprises, sécuriser leurs investissements et créer un terrain plus favorable à la croissance.
— M. KOSI



