Le Gouvernement congolais présente pour 2026 un budget porté à 22 milliards USD, soit une progression de 15,5 % par rapport au cadrage initialement discuté avec le Fonds monétaire international. Cette hausse repose sur une trajectoire assumée d’augmentation de la pression fiscale et sur une conjoncture jugée plus favorable, avec un franc congolais plus ferme et une inflation en retrait.
Un choix assumé, plus d’impôts pour plus de dépenses publiques
Le vice Premier ministre en charge du Budget, Adolphe Muzito, a détaillé devant les sénateurs une programmation étalée sur trois ans. La pression fiscale, c’est à dire la part des impôts et taxes dans la richesse produite, doit passer à 12 % en 2026, 13 % en 2027 puis 15 % en 2028. La cible affichée est d’atteindre la moyenne africaine d’environ 17 % à l’horizon 2030.
Concrètement, l’État entend mieux sécuriser les recettes existantes, élargir l’assiette et réduire les pertes liées à la fraude et aux exonérations mal encadrées. Ce tournant repose sur un bloc de réformes techniques, au cœur de la présentation du ministre. La digitalisation des procédures fiscales doit renforcer la traçabilité, la modernisation de la TVA vise à mieux capter la valeur ajoutée, la mise en place d’un guichet unique pour les micro entreprises doit simplifier l’entrée dans le système formel, l’extension de la facture normalisée permet de suivre plus finement les transactions, enfin le renforcement de l’impôt sur le revenu cible une meilleure contribution de ceux qui disposent déjà de revenus réguliers.
Cette montée en puissance des recettes doit financer trois priorités, la défense, les infrastructures et l’amélioration du traitement des agents publics. Sur ce dernier point, un axe technique central est l’assainissement du fichier de paie. L’objectif est de nettoyer les doublons, supprimer les cas irréguliers, régulariser les agents non payés et créer de la marge pour des ajustements salariaux mieux ciblés. Une masse salariale plus fiable facilite aussi le dialogue avec les bailleurs et renforce la crédibilité budgétaire.
Adolphe Muzito a prolongé ce discours par une projection sur le niveau de vie moyen. Selon lui, le revenu annuel par habitant pourrait dépasser 1 000 USD en 2030, avec un revenu journalier qui passerait de moins de 2 USD à plus de 3 USD. Ce type d’estimation repose sur l’hypothèse d’une croissance régulière et d’une inflation maîtrisée. Il met en lumière l’enjeu central, transformer la hausse des recettes en amélioration tangible du pouvoir d’achat.
Sur le cadre macroéconomique, le ministre met en avant trois éléments, une appréciation du franc congolais sur le marché des changes, un recul de l’inflation, et des ajustements techniques convenus avec le FMI au fil des revues du programme. Ces facteurs, combinés à une révision des prévisions de recettes, expliquent le passage du budget de 19 à 22 milliards USD lors du vote à l’Assemblée nationale, alors que le projet initial du Gouvernement se situait autour de 20 milliards USD, sur la base d’un taux de 2 900 CDF pour 1 USD. L’écart avec le cadrage du FMI souligne la volonté de l’exécutif de tester une capacité plus élevée de mobilisation interne, avec un risque implicite, celui de ne pas atteindre les montants annoncés si la collecte ne suit pas.
La structure du budget 2026 illustre ce repositionnement. Les dépenses d’investissement atteignent 7 milliards USD, soit 36 % du budget général en intégrant les fonds de péréquation. Un tel ratio reste élevé pour un pays qui doit encore financer des besoins sociaux importants, mais il traduit la priorité donnée aux infrastructures, routes, énergie, équipements publics, condition essentielle pour soutenir la production et les échanges. Dans le même mouvement, les transferts et subventions montent à 2 milliards USD, en hausse de 63 % par rapport à 2025. Cette enveloppe doit accompagner la relance des entreprises publiques, soutenir la recherche, absorber une partie du coût des produits pétroliers et renforcer les moyens des provinces, y compris la prise en charge des conseillers communaux.
En toile de fond, le Gouvernement présente ce budget comme un instrument de stabilisation et de rattrapage. D’un côté, la discipline annoncée sur les recettes et la dépense doit rassurer les partenaires internationaux et maintenir le programme avec le FMI sur une trajectoire viable. De l’autre, l’arbitrage en faveur de l’investissement et de certains transferts traduit la volonté d’accélérer la construction d’infrastructures et de consolider l’architecture de la décentralisation.
L’ambition chiffrée est élevée. Le test sera celui de l’exécution, capacité réelle à collecter les recettes, à appliquer les réformes fiscales et à engager les crédits d’investissement dans les délais, sans dérive ni sous réalisation. C’est sur cette phase que se jouera la crédibilité du budget 2026 et, au delà, de la trajectoire annoncée jusqu’en 2030.
M. KOSI



