Transformation minière en RDC : les accords promettent, l’électricité manque et les banques ne suivent pas

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Kinshasa affiche depuis plusieurs années une ambition claire : mettre fin à l’exportation systématique de minerais bruts et capter davantage de valeur ajoutée sur le sol congolais. Le Code minier de 2018 a introduit des obligations de traitement local et durci les conditions d’exportation des minerais non transformés. Des zones économiques spéciales ont été envisagées pour accueillir des unités de transformation. La politique de « beneficiation » promue par le ministère des Mines impose des étapes minimales de raffinage avant exportation.

Les accords internationaux récents renforcent cette orientation. Le partenariat stratégique signé avec les États-Unis en décembre 2025 inclut des engagements américains à soutenir des chaînes de valeur locales dans le lithium, le cobalt et le coltan. Les négociations avec l’Union européenne, dans le cadre du Critical Raw Materials Act, prévoient des clauses de co-investissement dans des capacités de raffinage sur place. Le projet lithium de Manono intègre lui aussi des composantes de transformation sur site, notamment la production d’hydroxyde de lithium, bien que les contentieux juridiques aient retardé son avancement.

Buenassa

Sur le terrain, l’écosystème entrepreneurial congolais dans la transformation minière reste embryonnaire. Buenassa, fondée par Eddy Kioni, figure parmi les exemples les plus cités. La société s’est positionnée dans la transformation et le négoce de minerais avec une ambition de raffinage local qui colle directement à la vision gouvernementale. Son modèle cherche à court-circuiter les intermédiaires étrangers et à installer un opérateur congolais dans la chaîne de valeur, dans un secteur historiquement dominé par des acteurs chinois, indiens et occidentaux. D’autres entrepreneurs tentent de s’insérer dans cette dynamique, notamment dans le négoce structuré, la joaillerie autour de l’or d’Ituri et du Maniema, et, encore très timidement, dans les matériaux pour batteries.

Des blocages structurels qui freinent les mieux positionnés

Même les entrepreneurs les mieux alignés sur la vision gouvernementale se heurtent à des réalités dures. Le premier obstacle est l’accès au financement. Les banques congolaises ne financent quasiment pas l’industrie lourde ou semi-lourde. Le second est l’énergie. Le coût et la disponibilité de l’électricité rendent le raffinage local peu compétitif face aux usines asiatiques. Le troisième est l’instabilité du cadre réglementaire, où les règles changent et les partenariats avec l’État restent fragiles. Le quatrième, enfin, est la concurrence déloyale d’acteurs étrangers qui contournent les obligations de transformation locale avec l’appui de réseaux bien établis.

Le bilan est donc contrasté. La volonté politique est affichée, les clauses de transformation locale figurent dans les accords, et des entrepreneurs congolais existent. Mais les conditions de réussite ne sont que partiellement réunies. Tant que l’accès à l’énergie et au financement ne sera pas résolu, la transformation locale restera une ambition plus qu’une réalité industrielle.

— M. KOSI

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