La République démocratique du Congo franchit une nouvelle étape dans sa politique de valorisation des ressources minières. Un arrêté gouvernemental interdit désormais l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt afin d’obliger leur transformation sur le territoire national et de capter une plus grande part de la valeur ajoutée. Des dérogations d’une durée maximale d’un an pourront toutefois être accordées dans certains cas jugés stratégiques.
La République démocratique du Congo (RDC) interdit désormais l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Cette décision, contenue dans un arrêté officiel signé par plusieurs membres du gouvernement, vise à accélérer la transformation locale des minerais et à renforcer la contribution du secteur minier à l’industrialisation du pays. Elle s’inscrit dans la volonté des autorités de faire évoluer la RDC d’un simple exportateur de matières premières vers un producteur de métaux à plus forte valeur ajoutée.
Le texte prévoit une application immédiate de cette interdiction, tout en laissant la possibilité au gouvernement d’accorder des dérogations temporaires pouvant aller jusqu’à un an lorsque des circonstances stratégiques le justifient. Il introduit également un nouveau régime fiscal applicable à plusieurs sous-produits miniers, avec une révision des coefficients servant au calcul des redevances.
Cette mesure marque une rupture avec les précédentes tentatives engagées en 2013, 2019 et 2023. À chaque fois, les autorités avaient dû accorder de nombreuses exemptions en raison des capacités limitées de traitement disponibles dans le pays. Le nouveau dispositif intervient alors que Kinshasa affirme vouloir accélérer la transformation locale des minerais critiques, au moment où la demande mondiale en cuivre et en cobalt reste soutenue par les industries des batteries, des véhicules électriques et de la transition énergétique.
Une partie de la production seulement concernée
Contrairement à une interprétation qui laisserait penser que la RDC cesse d’exporter son cuivre ou son cobalt, la mesure cible uniquement les concentrés. Le pays exporte déjà l’essentiel de son cuivre sous forme de cathodes, un produit ayant subi une transformation métallurgique plus avancée.
Au premier trimestre 2026, la RDC a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre, contre 53 926 tonnes de concentrés de cuivre contenant 18 863 tonnes de métal. Sur la même période, les exportations d’hydroxydes de cobalt ont atteint 51 940 tonnes, correspondant à environ 17 054 tonnes de cobalt métal. Ces chiffres montrent que les concentrés représentent une part relativement limitée des exportations totales de cuivre, même si plusieurs projets miniers continuent d’y recourir.
L’impact sera donc variable selon les opérateurs. Les sociétés disposant déjà d’installations de traitement avancé devraient être moins affectées que celles qui continuent d’expédier une partie de leur production sous forme de concentrés. Reuters cite notamment le complexe Kamoa-Kakula, développé par Ivanhoe Mines, Zijin Mining et l’État congolais, parmi les projets susceptibles d’être concernés tant que certaines capacités supplémentaires de traitement ne seront pas opérationnelles.
Une stratégie industrielle qui reste à concrétiser
Cette interdiction prolonge une série de réformes engagées ces derniers mois dans le secteur minier. Après la suspension temporaire des exportations de cobalt, l’introduction de quotas d’exportation et la création d’un quota stratégique confié à l’ARECOMS, le gouvernement renforce progressivement son contrôle sur les chaînes de valeur des minerais stratégiques.
L’ambition est de favoriser les investissements dans les concentrateurs, les fonderies, les raffineries et les infrastructures industrielles capables de transformer localement les minerais avant leur exportation. Une telle évolution pourrait accroître les recettes fiscales, créer davantage d’emplois qualifiés et développer des activités industrielles aujourd’hui réalisées à l’étranger.
La réussite de cette politique dépendra toutefois de plusieurs conditions. Les capacités nationales de traitement devront être suffisantes pour absorber les volumes concernés. Les besoins en électricité, en acide sulfurique, en infrastructures logistiques et en financement industriel resteront déterminants pour permettre aux opérateurs de respecter cette nouvelle obligation sans ralentir la production.
Au-delà de son impact immédiat sur les exportations, cette décision confirme la volonté de la RDC d’utiliser son poids sur le marché mondial du cuivre et du cobalt pour imposer progressivement une transformation locale plus importante. Le véritable défi ne sera pas l’interdiction elle-même, mais la capacité du pays à créer un environnement industriel suffisamment compétitif pour que cette transformation puisse effectivement être réalisée sur son territoire.
— Peter MOYI









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