La nouvelle tension sur les marchés obligataires mondiaux remet le coût du capital au premier plan pour la RDC. Le rendement du Treasury américain à dix ans a atteint 4,81 % le 2 septembre, son plus haut niveau depuis 2023, tandis que les obligations britanniques et japonaises évoluent à des sommets de plusieurs décennies. Pour les projets congolais financés en dollars, une hausse même limitée du taux de référence peut représenter plusieurs millions de dollars supplémentaires sur une dette de grande taille.
Les investisseurs obligataires ont fortement vendu les dettes souveraines depuis le début de septembre. Les tensions au Moyen-Orient ont poussé le pétrole vers 95 USD le baril et ravivé les anticipations d’inflation, pendant que les déficits publics et les volumes importants de nouvelles émissions alimentent les inquiétudes sur l’offre de dette. Aux États-Unis, le rendement à dix ans est monté jusqu’à 4,8122 % mercredi. Au Royaume-Uni, le dix ans a atteint 5,294 %, son niveau le plus élevé depuis août 2007. Au Japon, le rendement de référence a touché 3 %, un niveau inédit depuis 1996.
La mécanique intéresse directement la RDC parce que le pays est désormais lui-même présent sur les marchés internationaux de capitaux. Le 9 avril, Kinshasa avait levé 1,25 milliard USD lors de sa première émission internationale. L’opération comprenait 600 millions USD d’obligations arrivant à échéance en 2032 à un rendement de 8,75 %, et 650 millions USD à échéance 2037 à 9,50 %. Les ordres avaient dépassé respectivement 2 milliards et 2,8 milliards USD.
Ce que représente 1 point de taux sur un milliard de dollars
Pour comprendre l’enjeu, il faut séparer le taux sans risque en dollars de la prime demandée spécifiquement à un emprunteur congolais. Lorsqu’un État, une entreprise minière ou un véhicule de projet emprunte sur le marché international, le coût final incorpore généralement un taux de référence auquel s’ajoutent le risque pays, le risque de crédit, la durée, la structure de remboursement et les garanties du projet.
En avril, au moment de l’Eurobond congolais, le rendement américain à dix ans évoluait autour de 4,26 %. Début septembre, il s’est rapproché de 4,81 %. L’écart est d’environ 55 points de base, soit 0,55 point de pourcentage.
À prime de risque inchangée, cette seule variation représente 5,5 millions USD d’intérêts supplémentaires par an pour chaque milliard de dollars emprunté, selon un calcul de Lepoint.cd.
Une hausse de 100 points de base, soit un point de pourcentage, représente 10 millions USD supplémentaires par an sur un financement de 1 milliard USD. À 150 points de base, le supplément atteint 15 millions USD annuels.
Appliqué uniquement à titre d’illustration aux 1,25 milliard USD mobilisés par la RDC en avril, un relèvement de 55 points de base correspondrait à environ 6,9 millions USD supplémentaires par an, toutes choses égales par ailleurs. Ce calcul ne reproduit pas le coût réel des obligations congolaises, qui sont amortissables et dont le rendement dépend également de l’évolution propre du risque souverain.
Cette distinction est essentielle. Une hausse du Treasury américain ne signifie pas automatiquement que tout projet congolais empruntera exactement 0,55 point plus cher. La prime de risque du projet peut baisser et compenser une partie de cette hausse, ou au contraire augmenter et amplifier le renchérissement.
Des projets plus sensibles au rendement attendu
Pour les mines, l’effet passe directement par le coût moyen pondéré du capital. Plus le financement bancaire ou obligataire devient cher, plus le projet doit générer de flux de trésorerie pour conserver la même rentabilité. Un gisement situé à la limite du seuil économique, une usine de transformation ou une extension minière nécessitant plusieurs milliards de dollars peut ainsi voir sa décision finale d’investissement devenir plus difficile à justifier.
La même logique vaut pour une centrale hydroélectrique, une route à péage ou un corridor développé en partenariat public-privé. La RDC présente précisément le Corridor de Lobito comme un programme associant ressources publiques et capitaux privés, couvrant transport, énergie, mines, agriculture et industrie. Le Gouvernement a indiqué en avril travailler avec la Banque mondiale, la BAD, l’IFC, l’AFC, la BEI et d’autres partenaires sur un modèle de financement hybride.
Les projets disposant de prêts concessionnels sont moins directement exposés aux mouvements quotidiens des marchés. C’est l’un des avantages des financements de la Banque mondiale, de la BAD et d’autres bailleurs de développement pour les infrastructures longues dont les recettes apparaissent progressivement. Les financements commerciaux restent toutefois indispensables lorsque les besoins dépassent les capacités des guichets concessionnels.
La séquence actuelle change donc l’arbitrage pour Kinshasa et les grands investisseurs privés. La question n’est plus seulement de savoir combien de capitaux peuvent être mobilisés, mais à quel prix et avec quelle combinaison entre dette de marché, financements concessionnels, fonds propres et garanties. Pour un pays qui vient d’entrer sur le marché international des obligations et qui veut financer simultanément énergie, corridors, mines et infrastructures, quelques dizaines de points de base peuvent déjà représenter des millions de dollars.
Peter MOYI









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