La République démocratique du Congo accélère la constitution de sa banque nationale de données géologiques, que le Service géologique national du Congo veut rendre pleinement opérationnelle avant fin 2026. Au centre du dispositif figure un contrat de 180 millions USD avec Xcalibur pour cartographier plus de 700 000 km², soit près de 30 % du territoire national. Alors que seulement 20 % du pays aurait été systématiquement exploré, Kinshasa veut désormais considérer l’information géologique comme un actif stratégique de l’État et contrôler les conditions dans lesquelles les investisseurs accéderont aux données permettant d’identifier les futures mines.
Le changement dépasse largement la réalisation de nouvelles cartes. D’après les informations communiquées à Reuters par Raoul Wazenga Vitima, directeur général du Service géologique national du Congo, la future banque centralisera les résultats des campagnes géophysiques, les données historiques numérisées et les informations générées par plusieurs programmes de coopération. Les données géologiques générales seront accessibles gratuitement, tandis que des informations plus sensibles seront proposées sous un système payant. Les demandes devront être examinées en tenant compte à la fois des besoins des investisseurs et des intérêts stratégiques de la RDC. Pour l’État, l’objectif est donc double, réduire le risque géologique pour attirer l’exploration tout en conservant la maîtrise d’une information qui influence directement la localisation et la valeur des futurs investissements miniers.
180 millions USD pour cartographier près d’un tiers du territoire
Le programme le plus important est celui confié à Xcalibur Smart Mapping. Signé avec le ministère des Mines et lancé opérationnellement en début d’année, il doit couvrir plus de 700 000 km² sur trois ans à travers des levés géophysiques aéroportés, des travaux de terrain, la numérisation des données et des outils d’analyse avancée. Les zones couvertes comprennent notamment le Kasaï, le Kwango, le Kongo Central et le Katanga. Le dispositif doit produire des données magnétiques, radiométriques et de télédétection capables d’identifier de nouvelles cibles d’exploration dans des régions jusqu’ici beaucoup moins étudiées que le Copperbelt.
L’échelle financière est notable. Les compagnies minières avaient consacré 130,7 millions USD à l’exploration en RDC en 2024, soit le montant le plus élevé enregistré en Afrique cette année-là, dont 71,5 millions consacrés au cuivre. Le seul contrat Xcalibur représente donc une enveloppe supérieure à l’ensemble des dépenses privées d’exploration recensées en 2024. Ce constat doit toutefois être nuancé par l’histoire récente puisque les dépenses d’exploration congolaises avaient culminé à 389,2 millions USD en 2012. L’effort actuel vise surtout à élargir géographiquement la connaissance du sous-sol, encore très concentrée autour du Lualaba et du Haut-Katanga.
Le SGNC estime en effet que seulement environ 20 % du territoire congolais a fait l’objet d’une exploration systématique. Ce chiffre signifie qu’une grande partie du potentiel géologique national reste encore insuffisamment documentée malgré la position dominante de la RDC dans le cobalt, sa place de deuxième producteur mondial de cuivre et la présence connue de lithium, germanium, tantale, or et plusieurs autres minerais. La stratégie associe pour cette raison Xcalibur à d’autres partenariats impliquant notamment le BRGM français, le Council for Geoscience sud-africain, KoBold Metals, Atlas Park, Solafune au Japon et AfricaMuseum en Belgique.
Après le cobalt, l’État étend son contrôle à l’intelligence géologique
L’enjeu économique tient à la manière dont cette connaissance peut modifier le rapport entre l’État et les investisseurs. Une entreprise qui dispose seule d’informations détaillées sur une zone géologique possède un avantage considérable au moment de demander un permis, d’évaluer un actif ou de négocier une transaction. Une base publique plus complète peut réduire cette asymétrie, aider Kinshasa à mieux apprécier le potentiel d’un titre minier et permettre à de nouveaux investisseurs d’entrer dans des zones où les données étaient auparavant dispersées ou difficiles d’accès. Jean-Jacques Kayembe Mufwankolo, coordonnateur de l’ITIE en RDC, estime qu’un système transparent fondé sur des critères objectifs peut justement limiter l’avantage informationnel des opérateurs déjà installés et renforcer la position de négociation du pays.
Cette politique prolonge une évolution déjà visible dans le cobalt. Après l’interdiction temporaire des exportations mise en place en 2025 puis le passage à un régime de quotas, la RDC a montré qu’elle pouvait utiliser son poids dans l’offre mondiale pour peser sur le marché. Reuters relève que le prix du cobalt est passé d’environ 10 USD la livre au moment de l’interdiction à près de 26 USD. Avec les données géologiques, le levier est différent et potentiellement plus en amont. Il ne porte plus sur la quantité de minerai qui sort d’une mine existante, mais sur l’information qui détermine où les prochaines mines seront découvertes, qui les explorera et avec quelle connaissance l’État négociera leur développement.
Le modèle devra toutefois réussir un équilibre essentiel. Un contrôle public accru peut renforcer la souveraineté sur le sous-sol, mais l’exploration minière dépend également d’un accès prévisible et équitable à l’information. Reuters rapporte ainsi que plusieurs professionnels du secteur considèrent la transparence des règles d’accès comme déterminante pour éviter que certains investisseurs disposent d’informations privilégiées. KoBold Metals affirme déjà avoir rendu publiques plus de 260 000 pages d’archives géologiques congolaises numérisées, illustrant l’importance commerciale que ces données ont acquise.
Pour la RDC, la banque nationale de données géologiques pourrait donc devenir une infrastructure économique aussi stratégique que certains corridors ou équipements miniers. Le pays connaît précisément la valeur du cuivre, du cobalt ou du lithium une fois extraits. Sa prochaine étape consiste à mieux connaître, valoriser et administrer l’information qui permet de savoir où se trouvent les gisements de demain.
M. MASAMUNA









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