Réunis à Kinshasa pour la onzième édition du Forum des marchés, assureurs, régulateurs et experts ont fixé une feuille de route centrée sur l’inclusion, l’innovation et une régulation plus lisible. Les échanges ont mis en avant l’IA, la réassurance, le courtage et l’égalité femmes-hommes.
IA, réassurance, égalité : les priorités qui ressortent du Forum
Dès l’ouverture, le ton a été donné. « Ce forum est une occasion unique de tracer ensemble les voies d’un avenir plus inclusif et durable pour notre secteur », a posé Vincent Mwepu, président de l’Approche systématique d’analyse de risques (ASAR). Dans la foulée, le président de la FANAF, César Ekomie Afene, a rappelé la vocation fédératrice de la fédération : « La FANAF est une plateforme stratégique pour bâtir une assurance africaine innovante et résiliente ».
Les sessions ont disséqué trois axes : innovation, régulation, inclusion. L’intelligence artificielle occupe une place croissante : tarification affinée, gestion des sinistres plus rapide, détection des fraudes renforcée, relation client réactive via des canaux populaires comme WhatsApp. Objectif : réduire les délais, fiabiliser les données, fluidifier les parcours.
Sur la réassurance et le courtage, la demande est claire : des règles harmonisées et prévisibles. Le représentant de la Conférence interafricaine des marchés d’assurances (CIMA), Adama Ndaye, a insisté sur la nécessité d’un cadre normatif spécifique au courtage, levier central pour la distribution des produits et la solidité des bilans.
L’inclusion a donné lieu à un constat chiffré. Présentée par Evelyne Fassinou avec l’appui d’une étude FANAF/Banque mondiale, la photographie du secteur montre une présence féminine à 43 % dans les effectifs, mais seulement 17 % aux postes de direction. L’écart entre le vivier et l’accès aux responsabilités interroge la gouvernance, la formation continue et les critères de promotion. Les intervenants ont plaidé pour des indicateurs suivis et publics afin de mesurer les avancées.
Autre chantier majeur : l’assurance-vie, encore peu diffusée au regard des besoins d’épargne longue et de protection. Le Forum recommande des incitations fiscales ciblées, une simplification des produits et une communication pédagogique orientée « épargne assurantielle ». Paul Philippe Desguin, pour l’Autorité de régulation et de contrôle des assurances (ARCA), a détaillé les spécificités du marché congolais, tandis que Papa Seyni Thiam, directeur général de NSIA Vie Sénégal, a partagé les retours d’expérience de Dakar : standardiser la documentation, mieux former les réseaux, clarifier la fiscalité des rachats.
Le fil conducteur du rendez-vous s’est résumé dans le thème officiel : « Réinventer l’assurance africaine : concilier régulation, innovation et inclusion ». Hôte de cette onzième édition, la République démocratique du Congo a mobilisé le ministère des Finances et l’ARCA, illustrant l’importance d’un dialogue régulateur-opérateurs pour renforcer la confiance, améliorer la liquidité des compagnies et élargir la base assurée.
Au-delà des annonces, les participants ont convergé sur des mesures opérationnelles : accélérer la digitalisation des souscriptions et des règlements, préciser les règles de solvabilité et de gouvernance, soutenir la montée en compétences des réseaux, développer des produits adaptés aux revenus irréguliers et aux micro-entreprises, cartographier les risques climatiques pour ajuster les primes et la réassurance. La cible est double : protéger les ménages et sécuriser l’investissement des entreprises, en particulier dans des économies où les chocs de change et d’inflation pèsent sur les marges.
La séquence s’est refermée sur un horizon commun : la 50ᵉ Assemblée générale de la FANAF, prévue en février 2026 en Côte d’Ivoire. L’Association des sociétés d’assurances de Côte d’Ivoire (ASA-CI) en a présenté les premiers contours, avec l’ambition de prolonger les engagements pris à Kinshasa et de mesurer les progrès : part de l’assurance-vie, délai moyen d’indemnisation, couverture des risques agricoles, part des femmes dans les comités exécutifs, conformité des courtiers au référentiel CIMA.
Message final des organisateurs : accélérer ce qui fonctionne, documenter les résultats, corriger rapidement les angles morts. L’assurance ne peut étendre sa couverture sans cadres stables, produits lisibles, canaux distribués au plus près des clients et indicateurs partagés. La méthode, elle, est connue : des règles claires, des données fiables, des équipes formées, des technologies utiles. À Kinshasa, les acteurs ont posé des jalons concrets pour y parvenir.
— M. KOSI


