La Société Anhui Congo d’investissement minier (Sacim) a effectué sa première vente publique de diamants industriels à Anvers (Belgique), portant sur 288 000 carats. L’opération s’est déroulée du 16 au 20 février 2026, selon une annonce de l’agence Belga confirmée par la suite.
La vente a été encadrée sur le plan technique par Samir Gems, société belge active dans le négoce de diamants et de bijoux, avec l’appui de l’Antwerp World Diamond Centre (AWDC). Au total, 67 entreprises internationales ont pris part à cette session, avec des acheteurs venus notamment de Chine, d’Inde, des États-Unis et d’Italie.
Le Consulat présente cette transaction comme un « retour des diamants industriels congolais sur le marché anversois après plus de dix ans d’interruption ». Le marché belge n’a pourtant pas cessé d’absorber des volumes congolais sur la période récente : des statistiques officielles indiquent que la Belgique a importé 3,96 millions de carats en 2024 et 1,7 million de carats en 2025. La nouveauté, ici, tient surtout au format : une vente publique structurée à Anvers, au moment où les producteurs congolais disposent à nouveau de marges de manœuvre plus larges pour commercialiser.
Un cadre plus ouvert, mais des volumes en baisse pour la Sacim
Cette vente intervient huit mois après la libéralisation de la commercialisation des diamants par les producteurs congolais. En juin 2025, le ministre des Mines de l’époque, Kizito Pakabomba, a abrogé un arrêté ministériel de 2022 qui limitait les ventes à une liste restreinte d’acheteurs. Ce système était présenté comme susceptible d’influencer les prix, car il réduisait la concurrence entre acheteurs au moment des transactions. Pour un producteur, vendre à peu d’acheteurs peut vouloir dire moins d’offres en face, donc un pouvoir de négociation plus faible.
La Sacim estime avoir été parmi les acteurs les plus touchés par ce cadre réglementaire. Son choix de revenir à Anvers via une vente publique s’inscrit dans cette nouvelle phase : plus d’acheteurs, des conditions de vente plus transparentes dans la méthode, et une mise en relation avec un centre où se concentrent des négociants et des industriels.
Sur le plan des prix, les conditions financières de la vente d’Anvers n’ont pas été rendues publiques. Faute de chiffres sur cette session, les repères viennent des statistiques minières de 2025, qui signalent une amélioration du prix moyen de vente de la Sacim. Après 9,63 dollars le carat en 2024, puis 11,38 dollars, la société a maintenu un prix moyen autour de 11 dollars. Dans le même temps, le prix moyen global des diamants industriels est tombé à 7,4 dollars le carat. Pour le grand public, cela se lit comme un écart de performance : l’entreprise vend, en moyenne, plus cher que le marché, ce qui peut soutenir ses recettes même quand le secteur traverse une période de prix bas.
Cette stabilité du prix moyen intervient aussi dans un contexte de baisse continue des prix des diamants naturels. Même si les diamants industriels et naturels ne répondent pas aux mêmes usages, l’évolution du marché global pèse sur les perceptions, sur les circuits de négociation et sur l’intérêt des acheteurs. Dans ces conditions, sécuriser un niveau de prix relativement stable devient un enjeu concret pour un opérateur industriel : cela protège une partie des revenus et aide à planifier les ventes.
Les volumes, eux, racontent une autre réalité. Les exportations de la Sacim ont été divisées par deux, passant de 2 887 100 carats en 2024 à 1 151 866 carats en 2025. La société, détenue à parts égales par le groupe chinois Anhui Foreign Economic Construction Corporation (AFECC) et l’État congolais, n’a contribué qu’à 13,5 % de la production nationale, avec environ 1,1 million de carats produits.
Pour l’économie, cette baisse de volumes compte autant que le niveau des prix. Un prix moyen plus élevé peut compenser une partie de la chute des quantités, mais il ne suffit pas toujours à maintenir les recettes à un niveau comparable, surtout si les coûts fixes restent importants (exploitation, logistique, encadrement technique). À l’échelle du pays, une production plus faible réduit aussi l’effet d’entraînement sur les recettes d’exportation et sur les chaînes locales liées à l’activité (transport, services, sous-traitance).
C’est là que le calendrier annoncé à Anvers prend du sens. Une réunion technique entre la Sacim, Samir Gems et l’AWDC a permis d’établir un programme annuel des prochaines ventes publiques. Le dispositif prévoit aussi un accompagnement technique et institutionnel pour ancrer la présence des diamants congolais sur ce marché. Pour un producteur, un calendrier régulier est une façon de donner de la visibilité aux acheteurs : ils savent quand les lots arrivent, ils se préparent, ils comparent, et la concurrence peut jouer plus facilement.
En filigrane, cette vente publique ouvre une séquence où la RDC cherche à mieux positionner ses diamants industriels dans les places internationales, en s’appuyant sur un cadre plus ouvert et sur des partenariats de place à Anvers, tout en devant répondre à un point simple : remonter les volumes, sans perdre le contrôle sur la qualité des ventes et sur la formation des prix.
— M. KOSI



