La société Thaurfin ltd revendique la gestion du gisement de fer de Banalia et propose au gouvernement une solution de transport par le fleuve Congo. Ce projet vise à exporter 50 millions de tonnes de minerai chaque année en utilisant des barges, une option présentée comme plus rapide et moins coûteuse que le train.
Le secteur minier congolais voit s’opposer deux visions pour l’évacuation du fer de l’ancienne Province Orientale. D’un côté, le projet MIFOR, porté par l’ingénieur Léonide Mupepele, mise sur la construction d’un long chemin de fer reliant l’est et l’ouest du pays. De l’autre, Thaurfin ltd, dirigée par l’ingénieur Pol Huart, propose d’utiliser la voie d’eau. Pour cette entreprise, la proximité entre les mines de Banalia et le fleuve Congo est un atout majeur qui permet de réduire les dépenses de départ.
L’idée de Thaurfin est de charger le minerai sur des convois de barges pour rejoindre les ports de sortie. Selon les responsables de la société, cette méthode permettrait d’atteindre rapidement un rythme de production très élevé. En exportant 50 millions de tonnes par an, le projet deviendrait un moteur pour l’économie nationale. Cette approche privilégie la souplesse de la navigation fluviale face aux chantiers très lourds et très longs de la construction ferroviaire.
Un enjeu de sécurité juridique pour attirer les investisseurs
Pour que ce projet devienne une réalité, Thaurfin doit d’abord clarifier la situation de ses titres miniers. L’entreprise affirme détenir trois permis valides depuis février 2006. Elle explique que ces documents n’ont jamais été annulés par les autorités. Mais un problème administratif bloque le dossier : l’État n’a toujours pas délivré les certificats de recherche physiques, ce qui empêche le début des travaux sur le terrain.
Pour protéger ses droits, la société invoque la force majeure. Dans le langage du droit minier, cela signifie que tant que l’administration ne donne pas les documents nécessaires, le temps s’arrête pour le titulaire du permis. Ainsi, Thaurfin considère que ses titres sont toujours dans leur état d’origine, comme au premier jour de leur obtention en 2006. Cette protection juridique est essentielle car elle garantit aux futurs partenaires financiers que le projet repose sur des bases solides.
La solidité des permis est en effet la première chose que regardent les banques et les grands groupes industriels avant de mettre de l’argent dans une mine. Sans cette sécurité, il est impossible de mobiliser les fonds nécessaires pour construire les quais de chargement ou acheter les barges. Thaurfin assure qu’elle ne cherche pas le conflit avec l’État mais demande simplement l’application stricte du règlement minier pour rassurer le marché.
L’histoire de ce gisement ne date pas d’hier. Déjà en 1974, des études techniques avaient montré la richesse de Banalia. Les experts de l’époque avaient estimé les réserves à environ 960 millions de tonnes de minerai. La qualité du fer y est excellente, avec une teneur de 65 %. À l’époque, ce fer devait servir à alimenter l’usine sidérurgique de Maluku, près de Kinshasa, pour transformer la matière première sur place.
Aujourd’hui, le dossier est lié à une affaire plus vaste concernant la société JEKA sarl, qui possédait initialement 37 permis de recherche. Thaurfin explique que 34 de ces permis ont été perdus dans des conditions qu’elle juge irrégulières. Elle demande donc réparation pour ce préjudice. Ce climat de contestation pèse sur le projet, car les litiges judiciaires augmentent souvent les délais et les coûts pour les investisseurs qui craignent l’instabilité.
Pour sortir de cette impasse, Thaurfin propose au gouvernement d’intégrer son option fluviale à l’ensemble du programme MIFOR. L’objectif est d’éviter que deux projets concurrents ne se battent pour les mêmes financements sur le même territoire. En unissant les forces, la RDC pourrait présenter un plan cohérent et unique aux investisseurs internationaux. Cela permettrait de transformer enfin ce potentiel géologique en richesses réelles pour le pays.
— M. MASAMUNA

