Alors que la riposte à l'épidémie d'Ebola due au virus Bundibugyo mobilise des ressources croissantes, Africa CDC pose la question de leur efficacité. Dans ses réponses officielles aux médias, l'agence de santé publique de l'Union africaine soutient les mesures de contrôle des financements annoncées par le Gouvernement congolais et rappelle qu'un financement annoncé ne soigne aucun malade tant qu'il ne se traduit pas en équipes opérationnelles, en équipements disponibles et en soins accessibles.

Alors que la riposte à l’épidémie d’Ebola due au virus Bundibugyo mobilise des ressources croissantes, Africa CDC pose la question de leur efficacité. Dans ses réponses officielles aux médias, l’agence de santé publique de l’Union africaine soutient les mesures de contrôle des financements annoncées par le Gouvernement congolais et rappelle qu’un financement annoncé ne soigne aucun malade tant qu’il ne se traduit pas en équipes opérationnelles, en équipements disponibles et en soins accessibles.
L’agence demande de distinguer les annonces de financement, les engagements formalisés, les fonds effectivement reçus et les dépenses réalisées.
« Ces montants ne sont pas interchangeables et ne peuvent être présentés indistinctement comme des décaissements effectifs », estime Saran Koly, directrice de la communication et de l’information publique et porte-parole d’Africa CDC, au nom du directeur général, le Dr Jean Kaseya, qui plaide pour la disponibilité d’informations consolidées, vérifiables et régulièrement actualisées.
Par ailleurs, elle précise que les mécanismes de contrôle doivent également préserver la rapidité des interventions d’urgence, afin que les ressources disponibles puissent être mobilisées au bénéfice des populations.
Africa CDC estime que « les populations congolaises ont le droit de savoir quelles ressources sont mobilisées pour les protéger, comment elles sont utilisées et quels résultats elles produisent ».
Ituri : une mortalité qui reste élevée
« Le nombre de décès demeure extrêmement préoccupant. Derrière chaque chiffre, il y a une vie perdue, une famille endeuillée et une communauté affectée », reconnaît l’agence. Elle explique cette situation par plusieurs facteurs : des malades identifiés tardivement, un suivi des contacts insuffisant dans certaines zones, les difficultés d’accès aux soins, l’insécurité, les déplacements de populations et les réticences de certaines communautés.
Mobiliser davantage de ressources est indispensable, mais Africa CDC insiste sur l’amélioration effective des interventions et sur l’adaptation rapide des dispositifs qui ne produisent pas les effets attendus.
« Le succès de cette riposte se mesurera au nombre de vies sauvées, à la rapidité de la prise en charge et à notre capacité collective à interrompre les chaînes de transmission », souligne-t-elle.
La riposte centrée sur les villages
Portée par le Gouvernement congolais et soutenue par Africa CDC, cette approche place les communautés au cœur du dispositif.
« Pour arrêter Ebola, il faut aller là où le virus circule : dans les villages, dans les familles, au plus près des populations », indique le document.
Les agents de santé communautaires, les relais locaux, les femmes, les jeunes et les responsables traditionnels et religieux deviennent des acteurs essentiels de la prévention, de la surveillance et de la détection précoce. Chaque village touché doit pouvoir s’appuyer sur des agents formés, équipés, supervisés et correctement rémunérés, chargés de signaler les cas suspects, de suivre les contacts, d’orienter les malades et d’accompagner les familles.
L’approche nécessite aussi des structures de santé fonctionnelles, des moyens de communication fiables et une coordination permanente. Les indicateurs à suivre sont le nombre de cas suspects signalés à temps, la proportion de contacts identifiés et suivis, la rapidité d’accès aux soins et l’évolution des chaînes de transmission.
« Chaque village doit devenir un maillon fort de la protection sanitaire de la RDC. C’est avec les communautés, et en leur donnant les moyens d’agir, que cette épidémie pourra être maîtrisée », affirme Africa CDC.
Les enfants et la recherche clinique
Interrogée sur la place des enfants dans les essais, l’agence souligne que la protection des enfants constitue une priorité absolue.
Elle rappelle toutefois que les protocoles doivent tenir compte de l’âge, du poids et des particularités physiologiques des enfants, avec des données de sécurité suffisantes avant toute administration.
L’essai EBO-PEP, qui évalue l’obeldesivir en prévention après exposition au virus Bundibugyo, prévoit l’inclusion de participants de plus de 12 ans. Un dispositif distinct d’accès compassionnel au remdésivir est prévu pour les enfants de moins de 12 ans et certaines autres populations vulnérables, sous des conditions médicales et éthiques strictes.
L’agence précise qu’il faut distinguer cet accès compassionnel d’un essai clinique démontrant l’efficacité d’un traitement.
« Le recours à un médicament expérimental ne constitue pas une garantie de guérison. Les enfants africains doivent être pleinement pris en compte dès la conception des protocoles de recherche, avec les garanties scientifiques et éthiques nécessaires », estime Africa CDC.
Agence de santé publique de l’Union africaine, Africa CDC soutient les 55 États membres dans la prévention, la détection et la réponse aux menaces sanitaires. En cas d’épidémie, les autorités nationales dirigent la riposte, et l’agence apporte un appui technique, mobilise les compétences africaines et facilite la coordination.
En RDC, elle appuie la surveillance épidémiologique, la coordination des interventions, le renforcement des capacités de riposte, l’approche centrée sur les villages et la recherche sur les traitements et vaccins adaptés au virus Bundibugyo. Son action se poursuit après la crise, à travers le renforcement des laboratoires, la formation des professionnels et le développement des instituts nationaux de santé publique.
Eldad B.





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