Le franc congolais remonte et l’inflation recule. Au 24 octobre 2025, le taux indicatif interbancaire affiche 2 233,2704 CDF pour 1 USD, contre 2 309,55 CDF le 13 octobre et 2 882,42 CDF fin juillet. En trois mois, l’appréciation atteint environ 22,5 %. Le mouvement s’observe aussi face aux autres devises : 2 590 CDF/EUR, 1 596 CDF/CAD, 313,54 CDF/CNY, 0,6407 CDF/UGX. Le signal principal : la Banque centrale du Congo (BCC) reprend la main sur le marché de change par des ventes ciblées de devises et un cadrage plus strict des cambistes.
Côté prix, la désinflation se confirme. Au 11 octobre 2025, l’indice hebdomadaire ressort à – 1,158 %. Le cumul annuel se limite à 4,701 %, le glissement annuel à 6,177 %, et l’annualisé à 5,999 %. Repasser sous 6 % allège la transmission des coûts importés et améliore les anticipations. Le panier des biens exposés au dollar respire ; les ménages urbains constatent une moindre poussée sur les denrées importées et une stabilisation relative des tarifs indexés au change.
La BCC maintient son taux directeur à 25,00 % (depuis août 2023) et pilote la liquidité via ses Bons BCC. Les rendements de référence se lisent ainsi : 7 jours à 17,50 % (TMP : 14,11 % ; Tm : 16,00 %), 28 jours à 21,50 % (TMP : 16,44 % ; Tm : 17,50 %), 84 jours à 19,50 % (TMP : 17,50 % ; Tm : 17,50 %). Le calibrage vise à absorber l’excès de monnaie, stabiliser le change et ancrer les anticipations d’inflation, tout en offrant une rémunération capable d’attirer la trésorerie bancaire et institutionnelle.
Taux, liquidité, change : ce que visent les mesures de la BCC
La trajectoire du CDF ne tient pas qu’aux forces de marché. Le 12 octobre 2025, l’autorité monétaire a rappelé aux cambistes manuels l’obligation de se conformer à l’Instruction 007 (modification n°3/2023). Le message est clair : pas d’élargissement arbitraire des spreads, pas d’affichage de taux fictifs, pas de spéculation sur des cours non autorisés. Le public est invité à n’utiliser que les banques commerciales et les bureaux de change agréés, dont la liste figure sur le site de la BCC. Sur le terrain, des contrôles renforcés sont annoncés, avec des sanctions allant jusqu’au retrait d’agrément. Ce cadrage réduit l’écart entre les transactions de rue et le marché officiel, limite les anticipations auto-réalisatrices et renforce l’efficacité des injections/absorptions de devises.
Sur le plan technique, trois canaux opèrent simultanément. Canal prix : un CDF plus ferme modère les coûts d’importation et l’indexation des prix locaux aux devises fortes. Canal quantité : l’absorption de liquidité via les Bons BCC restreint la capacité de crédit à court terme et refroidit la demande interne, réduisant la pression sur les stocks. Canal anticipations : la communication et la discipline de marché ajustent le comportement des opérateurs, qui se couvrent moins agressivement en dollar lorsque le cadre réglementaire se resserre.
Pour les entreprises, la stabilisation du change facilite la planification des commandes et des paiements en devises. La visibilité s’améliore sur les marges à l’import et sur les coûts d’intrants. Les secteurs à forte composante importée (distribution, pièces détachées, produits pharmaceutiques, biens d’équipement) voient leur risque de prix diminuer à court terme. Pour les ménages, la détente du change atténue la pression sur le panier importé, même si des hausses ponctuelles restent possibles sur les transports, certains produits alimentaires et les carburants. Pour l’État, une inflation plus contenue et un marché de change mieux encadré favorisent l’exécution budgétaire, en réduisant les glissements imprévus liés aux achats indexés au dollar.
Le coût du crédit demeure élevé avec un taux directeur à 25 %. Le signal à l’économie réelle est restrictif ; l’investissement privé hors secteurs exportateurs avance prudemment. C’est le prix d’un ancrage crédible des prix et du change. L’arbitrage de la BCC consiste à préserver la liquidité du système sans relâcher trop tôt le frein monétaire, au risque de raviver la demande et de rouvrir la voie à la dépréciation.
La suite se jouera sur quelques variables externes et internes. Sécurité à l’Est : toute amélioration fluidifie les circuits d’approvisionnement et soutient la collecte de recettes. Cours du cuivre et du cobalt : un niveau solide entretient l’offre de devises et alimente les réserves ; une faiblesse prolongée rognerait la balance des paiements. Calendrier politique local : une conduite ordonnée limite les sorties de trésorerie imprévues et les à-coups de confiance. Si le CDF reste stable et si l’inflation glisse vers 5 % ou moins, un assouplissement graduel pourrait s’envisager en 2026, avec des pas mesurés pour ne pas relancer la spirale prix-change. À l’inverse, un choc sur l’énergie, l’offre alimentaire ou la sécurité repousserait la détente.
À court terme, la feuille de route est lisible : change plus ferme, prix en repli, taux élevés. La BCC choisit la constance pour consolider le répit sur les prix. Les agents économiques ajustent leurs plans : couverture de change plus ciblée, trésorerie placée sur des maturités courtes et gestion des stocks au plus juste. Tant que la coordination entre politique monétaire et gestion budgétaire reste serrée, la fenêtre d’une stabilisation prolongée demeure ouverte.
— Peter MOYI



