Les recettes publiques en République Démocratique du Congo prennent une allure soutenue en ce début mai 2025. En seulement huit jours, les services fiscaux du pays ont déjà engrangé 316 milliards de Francs congolais, équivalant à plus de 110 millions de dollars américains, selon les données publiées par la Banque Centrale du Congo (BCC). Cette performance illustre une capacité de mobilisation qui reste constante, malgré un contexte économique exigeant.
L’analyse hebdomadaire de la BCC, qui fait état des opérations financières de l’État, met en évidence un contraste saisissant : les recettes collectées par la DGI, la DGDA et la DGRAD restent en nette progression, mais se heurtent à des dépenses publiques qui culminent à 1.821 milliards de CDF. Une grande partie de ces sorties de fonds est attribuée aux frais de fonctionnement des ministères et autres institutions, révélant une tension persistante entre mobilisation des recettes et discipline budgétaire.
Le mois d’avril avait déjà donné le ton. Avec le versement de l’impôt sur les bénéfices et profits (IBP), les caisses de l’État avaient reçu 4.043,5 milliards de CDF, dépassant les prévisions de 3.943,3 milliards. Un excédent d’environ 100 milliards, en grande partie soutenu par les performances de la Direction Générale des Impôts (DGI), qui a injecté 3.058,6 milliards dans les comptes publics.
À cela s’ajoute la contribution de la DGDA, en charge des douanes, qui a rapporté 553,1 milliards, et celle de la DGRAD, chargée des recettes parafiscales, avec 431,9 milliards de CDF. Cette répartition illustre la domination persistante de l’impôt direct et indirect dans le panier fiscal congolais, tandis que les recettes issues du commerce extérieur ou des services publics restent plus modestes, mais non négligeables.
En projection sur l’ensemble du mois de mai, la Banque Centrale table sur un objectif de 1.821 milliards de CDF de recettes, un niveau qui pourrait être atteint, voire dépassé, si la cadence actuelle se maintient. Reste que ces chiffres, bien qu’encourageants, soulèvent une interrogation sur la gestion des dépenses publiques, notamment celles liées au fonctionnement des institutions. À quoi bon collecter plus si l’essentiel part dans des charges peu productives ?
Le débat sur la rationalisation du train de vie de l’État revient ainsi avec insistance, surtout à l’aune d’une conjoncture sociale où les besoins prioritaires — éducation, santé, infrastructures — peinent à se faire entendre dans la répartition budgétaire.
En filigrane, l’État congolais semble encore pris entre deux réalités : une performance fiscale de plus en plus robuste et une gestion budgétaire qui tarde à se discipliner. À mesure que les régies fiscales redoublent d’efforts pour alimenter les caisses, c’est la gouvernance des dépenses qui devra faire l’objet d’une attention plus soutenue, si la RDC veut transformer ses chiffres en progrès tangibles pour sa population.
— Peter MOYI


