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Maniema, Kasaï, Tshopo… Le ciment dépasse les 50 $ : jusqu’à +51 % en un mois

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Le sac de ciment de 50 kg dépasse désormais les 50 dollars dans plusieurs provinces de la RDC, traduisant une tension logistique aiguë aux effets inflationnistes directs sur le secteur du bâtiment. Kindu, Mbujimayi, Tshikapa et Kisangani enregistrent depuis début juin une progression rapide des prix, allant jusqu’à +51,5 % dans certaines villes, en raison de ruptures d’approvisionnement imputées à un enchaînement de blocages ferroviaires, de routes impraticables et de retards de déchargement portuaire.

À Kindu, chef-lieu du Maniema, le prix du sac est passé de 95 700 à 145 000 francs congolais, soit une hausse de plus de 51 % en quelques semaines. Ce saut tarifaire est attribué au trafic perturbé de la SNCC. Plusieurs convois en provenance de Kalemie sont bloqués dans les gares intermédiaires, provoquant des goulots d’étranglement dans la chaîne logistique. L’approvisionnement dépend en grande partie de la Route nationale n°3, en mauvais état, qui relie Kisangani à Wanyelukula, principal point d’embarquement vers Kindu. Résultat : les dépôts sont à sec, et les détaillants répercutent les surcoûts.

Même schéma à Mbujimayi, capitale économique du Kasaï Oriental, où les prix sont passés de 24 à 27 dollars. La FEC, par la voix de son représentant provincial Dominique Ilunga, impute cette hausse au blocage des cargaisons en provenance du Katanga. Le transport ferroviaire, sous-dimensionné et mal entretenu, n’assure plus l’évacuation des volumes attendus. La seule alternative réside dans le transport routier, limité par la saison des pluies et par des infrastructures dégradées. La FEC appelle à mobiliser les moyens privés durant la saison sèche pour tenter de contenir l’asphyxie du marché local.

À Tshikapa, les prix bondissent de 33 000 à 45 000 francs congolais (environ de 11 à 16 dollars), soit une progression de plus de 36 %. Le ministre provincial de l’Économie, Bazin Pembe, accuse certains grossistes de pratiquer des marges abusives, profitant de la grève des transporteurs poids lourds à Kinshasa pour justifier des hausses qu’il qualifie d’illégales. Il a ordonné un retour aux prix plafonnés et évoqué des sanctions pour les récidivistes.

À Kisangani, où les prix dépassaient 22 dollars au lieu des 14 habituels, le parquet général est intervenu en ordonnant la fermeture de plusieurs dépôts, pour violation du prix plafond fixé à 16 dollars par le ministre provincial de l’Économie. Ces interventions judiciaires traduisent la volonté des autorités de freiner une spirale inflationniste, qui, si elle se prolonge, pourrait peser sur l’ensemble de la chaîne immobilière et accentuer la fragilité économique des provinces enclavées.

La situation actuelle illustre une défaillance structurelle des corridors logistiques reliant les pôles industriels (comme le Grand Katanga) aux zones de consommation situées dans le Centre et l’Est du pays. Elle met aussi en lumière les effets collatéraux de la faiblesse du réseau ferroviaire, la dépendance à des routes inadaptées et l’absence de réserves stratégiques locales. Le ciment, qui représente un indicateur indirect du dynamisme du secteur de la construction et de l’investissement privé, devient ici un marqueur des tensions logistiques persistantes dans l’économie congolaise.

L’impact dépasse le seul périmètre du BTP : la rareté de l’offre entraîne une hausse généralisée des coûts de construction, affectant les programmes d’infrastructures publics, les initiatives privées et les projets de logement social. À court terme, cette pression sur les prix risque d’alimenter l’inflation générale, déjà surveillée de près par la Banque centrale, dans un contexte où les marges de manœuvre monétaires sont limitées.

— Peter MOYI

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