À Kinshasa, le 19 février 2026, le ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi a officiellement lancé la phase opérationnelle de la Direction générale du Trésor et de la Comptabilité publique (DGTCP). Cette mise en service, attendue depuis l’adoption de la loi n°11/011 du 13 juillet 2011, doit renforcer le suivi des dépenses de l’État et la traçabilité des opérations du Trésor.
Le décor était celui d’une administration qui veut tourner une page. Réunis dans les nouveaux locaux de la DGTCP, agents et cadres du Trésor ont assisté à une séance de travail centrée sur le suivi des engagements et des repères structurels liés à la réforme des finances publiques. Pour le ministère, l’événement marque la fin d’une longue attente et le début d’un fonctionnement effectif d’un outil présenté comme central pour mieux piloter l’exécution du budget.
Derrière l’inauguration d’un bâtiment, l’enjeu est celui d’une mécanique de gestion. La DGTCP est chargée de consolider la comptabilité publique et de mieux organiser la chaîne du Trésor, depuis l’engagement des dépenses jusqu’au paiement, avec des traces comptables plus nettes. Dans un pays où la demande de transparence sur l’usage des deniers publics est forte, l’administration met en avant une réforme censée clarifier les responsabilités et réduire les zones d’ombre.
Déconcentration de l’ordonnancement : ce que l’État veut changer dans la chaîne de la dépense
Le texte de référence est la loi de 2011 relative aux finances publiques. Quatorze ans après, l’exécutif assure que la « déconcentration de l’ordonnancement » entre dans une phase concrète. En pratique, il s’agit d’organiser la chaîne de la dépense dans des ministères dits pilotes, avec des postes comptables identifiés et des comptables publics qui assurent un suivi plus régulier des opérations.
Lors de la réunion du 19 février, plusieurs « avancées » ont été présentées comme déjà engagées. D’abord, la mise en service de la DGTCP dans ses nouvelles installations. Ensuite, le déploiement progressif de la déconcentration de l’ordonnancement dans des ministères pilotes. Le ministère cite aussi l’opérationnalisation de comptables publics principaux et secondaires recrutés, formés et ayant prêté serment. Autre élément mis en avant : le renforcement du dispositif comptable et de traçabilité des opérations du Trésor, un point qui vise directement la capacité de l’État à suivre, documenter et justifier les mouvements financiers.
Le gouvernement relie cette réforme à la recherche d’une exécution budgétaire plus maîtrisée. L’idée est simple : mieux suivre les dépenses, limiter les écarts entre les décisions et leur traduction comptable, et améliorer la crédibilité de l’État face aux partenaires et aux bailleurs.
La réforme est aussi présentée comme alignée sur les engagements pris avec le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre du programme FEC. Selon les éléments communiqués, 8 engagements sur 11 ont été réalisés, tandis que d’autres sont en cours. Le document cite notamment la dotation des postes comptables des quatre premiers ministères pilotes en mobilier, équipements et bureaux de travail. Il est aussi question de l’ouverture de comptes d’opération auprès de la Banque centrale du Congo (BCC) pour les postes comptables des ministères pilotes, afin de rendre la déconcentration opérationnelle.
Plusieurs chantiers techniques sont encore mentionnés, avec un accent sur l’organisation et les systèmes d’information. Le ministère évoque l’interface entre les modules de gestion de la trésorerie et de la comptabilité générale avec le système d’information de la BCC. Il est aussi fait référence à la formation des utilisateurs de la chaîne déconcentrée des dépenses et au déploiement d’un logiciel de la chaîne de la dépense dans d’autres ministères pilotes, cités dans le texte : Défense nationale, Agriculture, ESU, Pêche et Élevage, Finances.
Dans le même esprit, le document mentionne des textes attendus pour encadrer l’organisation et le fonctionnement du CPT, ainsi qu’un arrêté interministériel portant régulation budgétaire, afin d’assurer une cohérence entre l’engagement des dépenses et la disponibilité des crédits.
Sur un plan plus institutionnel, le ministre a insisté sur une dimension de « culture » administrative. Pour lui, la réforme ne se résume pas à un bâtiment ou à des textes : elle suppose une discipline budgétaire, une responsabilité accrue et une meilleure efficacité dans l’utilisation des ressources. L’exécutif avance aussi l’idée de mécanismes destinés à donner à la DGTCP un fonctionnement durable, avec des ressources financières propres, adéquates, stables et prévisibles, afin d’éviter une réforme qui dépendrait uniquement de décisions ponctuelles.
Le directeur général a.i. de la DGTCP, Serge Maabe Mwanyimi, a salué l’implication du ministre et indiqué que des instruments internes ont été mis en place pour encadrer le fonctionnement du nouvel outil. Une charte d’utilisation des locaux et un dispositif de contrôle interne ont été instaurés, selon le document, pour assurer la pérennité de l’administration et limiter les risques de dérives.
En clôture de la séance, le ministre des Finances a relié la réforme à la place stratégique de son ministère dans la gestion publique. Il a déclaré : « Donc, aujourd’hui, nous déclarons de manière effective les débits de la déconcentration de l’ordonnancement. Parce que le ministère des Finances doit rester dans son rôle stratégique, celui de la mobilisation, de la structuration des financements pour l’accélération du développement économique de notre pays. »
Pour les autorités, l’opérationnalisation de la DGTCP doit faire du Trésor un pivot de la réforme de la gestion publique. L’objectif affiché est de mieux tracer, mieux contrôler et mieux exécuter chaque franc engagé, dans un contexte où l’État cherche à renforcer la confiance autour de ses finances et de son budget.
— M. MASAMUNA



